Un monolithe de béton qui affiche une présence énigmatique. le volume de la salle de danse se projette en porte-à-faux vers la citadelle de Belfort.

Le conservatoire Henri Dutilleux est présent sur huit sites et étend son activité sur le territoire de la communauté de l’agglomération belfortaine. Il dispense un enseignement musical, chorégraphique et théâtral à environ 1 400 élèves. Au-delà de sa mission liée à l’enseignement artistique, le conservatoire accueille de nombreuses formations instrumentales et vocales. Il développe aussi une importante activité de diffusion.

À la rentrée 2015, le site d’enseignement de Belfort, installé jusqu’alors faubourg de Montbéliard en centre-ville, a déménagé dans ses nouveaux locaux du fort Hatry. Le nouvel équipement offre un lieu d’enseignement contemporain et fonctionnel aux professeurs et aux 900 élèves qui le fréquentent. L’amphithéâtre et l’auditorium permettent la diffusion de ces disciplines artistiques sous de multiples formes, conférences, auditions, représentations, concerts...

Au bord du bois d’Essert, dans un environnement essentiellement végétal aux franges d’un tissu de faubourg, le bâtiment conçu par l’architecte Dominique Coulon prend position sur une des hauteurs de la ville qui fait face à la citadelle et au célèbre Lion de Belfort. Il se présente sous la forme d’un bloc sur plan rectangulaire, presque opaque, façonné par un ensemble de volumes en béton, mis en tension, en porte-à-faux, décalés ou creusés, dont la subtile composition et l’équilibre sculptent l’unité et l’identité de l’édifice. Seul le volume de la salle de danse se projette en porte-à-faux vers l’est sur le paysage du centre-ville et de la colline de la citadelle.

« Ce bâtiment propose une morphologie et une échelle qui expriment une certaine force dans l’esprit du lieu et de son histoire. C’est un monolithe de béton qui affiche une présence énigmatique. La matière du béton brut manifeste parfaitement ici le volume et la masse recherchés. Cependant, je ne voulais pas que le parement reste totalement brut. Je souhaitais donner un ton un peu bleuté au béton et que sa peau soit en écho avec la végétation du bois d’Essert. Pour répondre à ces objectifs, l’idée de réaliser un dripping sur les façades avec deux teintes de bleu s’est imposée. Cela permet de laisser le béton vivre tout en lui donnant une texture bleutée inhabituelle. Les jets de peinture donnent de la profondeur et une épaisseur à la peau du bâtiment. Les surfaces vibrent sous la lumière, elles semblent en mouvement, la matière n’est plus statique. Il est aussi très intéressant de constater que certaines personnes pensent à des marbrures, tandis que d’autres y voient un motif plutôt végétal. Chacun peut avoir sa lecture et son interprétation de cette texture », commente Dominique Coulon.

L’entrée est signifiée par un volume en porte-à-faux de 17m dont la mise en lévitation crée un appel.
Vue de la façade ouest. Le rez-de- chaussée vitré renforce la sensation de mise en lévitation du volume

Un hall généreux et lumineux

L’entrée principale se situe à l’angle des façades sud et ouest. Elle est signifiée par un volume en porte-à-faux de 17 m dont la mise en lévitation crée un appel qui invite à avancer et conduit à la porte d’entrée. Le sas d’entrée s’ouvre sur le hall très lumineux et d’une ampleur inattendue. Il semble creusé au cœur de l’édifice et se développe sur toute sa hauteur. L’articulation des parois verticales et horizontales en béton brut, les volumes semblant suspendus, les arrivées de lumière naturelle directes ou indirectes, la présence d’un généreux escalier, le jeu des vues et des perspectives scandent l’espace et donnent au lieu son identité unique. « Le bâtiment est conçu comme une masse dans laquelle des vides sont creusés. Ces vides, tels que le hall ou les patios, mettent en relation les différents niveaux. L’édifice ne se donne pas à lire entièrement au premier regard. Tout un processus de dévoilement est mis en place », souligne l’architecte.

La majorité des salles de classe et de formation s’aligne côtés est et ouest sur la longueur de l’édifice. Elles sont desservies par des couloirs, dont les parois en béton brut assurent l’isolation acoustique entre les salles et la circulation. Le centre du bâtiment est occupé par le hall, l’amphithéâtre, la bibliothèque et le patio central situé au R+1. Le volume de l’auditorium prend place, en tête de projet, côté sud, calé entre le porte-à-faux de l’entrée et le volume de la salle de danse qui le surplombe. Le hall est le cœur du conservatoire, son espace généreux et continu se dilate dans le bâtiment. Depuis ce lieu, les différentes circulations, directions et les niveaux se laissent percevoir ou deviner. Le volume en béton de la bibliothèque, disposé en pont sur le hall, vient ponctuer la dilatation verticale de l’espace. Au rez-de-chaussée, le hall dessert l’auditorium, les bureaux de l’administration situés à l’ouest et les salles de cours collectifs regroupées à ce niveau, côté est. Le hall se prolonge par un grand escalier qui invite à rejoindre le premier étage, d’autant plus que la vue offre une perspective sur le patio central. Dans l’esprit de l’architecte, cet escalier aux proportions généreuses offre la possibilité de s’asseoir sur les marches, sans gêner la circulation.

De plain-pied avec le patio central, le palier du premier étage donne accès aux deux couloirs de distribution des salles d’enseignement musical et à l’escalier qui conduit au second étage. On y retrouve le même principe de desserte des salles. En plus de l’enseignement musical, ce niveau accueille la bibliothèque, la salle de cours d’art dramatique et la salle de danse. En dehors du fait qu’elle est partiellement en porte-à-faux, cette dernière se caractérise par la présence d’une baie vitrée qui mesure la hauteur et la largeur de la salle. La vue s’ouvre sur la ville et se prolonge sur le lointain. L’espace semble aérien, comme suspendu dans l’air, ce que renforce la démultiplication du panorama dans la glace de la salle de danse.

Enchaînement de contractions et de dilatations de l’espace, ponctuations de lumière naturelle, vues sur l’extérieur, sur des patios, sur les intérieurs, plongées, contreplongées, tout un ensemble de dispositifs spatiaux anime et agrémente les parcours dans le conservatoire.

Plan de rez-de-chaussée: 1. Amphithéâtre 2. Atrium 3. Auditorium 4. Accueil 5. Salles de cours 6. Salle d’étude 7. Bureaux 8. Salle de réunion 9. Salles de cours percussions 10. Parvis
le hall est le cœur du conservatoire. le volume de la bibliothèque, disposé en pont sur le hall, vient ponctuer la dilatation verticale de l’espace.
le hall est le cœur du conservatoire. le volume de la bibliothèque, disposé en pont sur le hall, vient ponctuer la dilatation verticale de l’espace.

Performances acoustiques et thermiques 

Les salles d’enseignement présentent des dimensions, des hauteurs et des volumétries très diverses. Chaque salle destinée à l’enseignement musical dispose d’une acoustique adaptée à la pratique d’un instrument spécifique. De façon générale, dans chacune, deux contre-cloisons assurent l’absorption et les deux autres la réflexion. Le plafond fait l’objet d’un dessin adapté à chaque pièce. Le bâtiment est entièrement réalisé en béton coulé en place dans des coffrages métalliques. La résistance du béton armé, sa capacité de franchissement et la continuité de sa matière participent à la structure de l’édifice. D’une façon générale, les porteurs sont toujours parallèles aux façades. Isolé par l’intérieur, le bâtiment est conforme à la RT 2012. Une attention particulière a été apportée à la suppression des ponts thermiques entre les façades et les dalles de plancher.

Le traitement acoustique des locaux participe à l’isolation thermique. Dans toutes les salles, une chape flottante de 6 cm posée sur 4 cm de laine de roche supprime le pont thermique au sol. De la même façon, la laine minérale posée contre la façade se retourne sur 2 m au niveau du plafond et vient ainsi couper le pont thermique en sous-face de dalle. Seules les façades qui entourent le patio central sont isolées par l’extérieur avec du polystyrène recouvert d’un enduit peint en noir animé par un dripping de couleur blanche.

1Dripping

Le dripping sur les façades a été réalisé par deux artistes, Max Coulon et Gabriel Khokha. Ils ont fabriqué des pinceaux spéciaux et mis au point la technique de projection spécifique. Ce sont deux nuances de bleu d’une peinture extérieure pour bâtiment qui ont été projetées à partir d’une nacelle, sur les façades en béton brut préalablement recouvertes d’une protection hydrofuge. L’ensemble de cette intervention s’est déroulé sur environ un mois et demi.

L’espace généreux et lumineux du hall se dilate dans le bâtiment.
L’espace généreux et lumineux du hall se dilate dans le bâtiment.

Reportage photos : Eugénie PONS

Maître d’ouvrage : Communauté d’agglomération belfortaine – Maître d’œuvre : Dominique Coulon & associés ; architectes : Dominique Coulon, Steve Letho Duclos – Suivi de chantier : Steve Letho Duclos, Lukas Unbekandt – BET structure : Batiserf Ingénierie – Artistes (dripping façades) : Max Coulon, Gabriel Khokha – Acousticien : Euro Sound Project – Entreprise gros œuvre : Albizzati Père & Fils – Surface : 6 290 m² SHOB ; 3 895 m² SHON ; 2 589 m² SU (hors locaux techniques) – Coût : 6,3 M€ HT – Programme : 32 salles de cours, 6 salles de cours collectifs, 4 salles de pratique collective, 4 studios, salle de percussions ; auditorium : 140 places ; amphithéâtre : 70 places, salle de danse, salle d’arts dramatiques, bibliothèque.



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