La maison sous la falaise se situe en Haute-Savoie, dans un site exceptionnel. Le paysage est dominé par les parois abruptes et saillantes du Salève, tandis qu’en contrebas du versant nord de la montagne, les vues lointaines portent le regard jusqu’au lac Léman et à Genève. Ce projet est le fruit d’une étroite collaboration entre l’architecte Pierre Minassian et les futurs habitants. Prévue, lors des premières esquisses, pour une personne célibataire, la maison abrite aujourd’hui un couple et leur jeune enfant.

« Le propriétaire connaissait bien mon travail », explique l’architecte. « Il voulait avoir une maison à l’architecture contemporaine, comme celles que j’avais déjà réalisées. Dans les maisons que je conçois, il existe une grande fluidité spatiale à l’intérieur et les différents espaces de vie sont ouverts les uns sur les autres. À l’inverse, mon client souhaitait qu’ils soient clairement séparés, voire cloisonnés comme dans une maison traditionnelle. Souvent dans nos échanges, il me citait l’une ou l’autre de mes maisons. Je me voyais dans l’obligation de lui dire que ce que j’avais conçu, dans ces projets, était à l’opposé de ce qu’il désirait en termes de séparation et de cloisonnement strict des différentes parties de son programme. Autre point important, il voulait trouver des jardins différents, bénéficiant de diverses expositions solaires en fonction des heures de la journée. Dernier point, il tenait à profiter au maximum, de chez lui, des deux vues privilégiées, celle sur la falaise du Salève, ainsi que celle sur le lac Léman et Genève au loin. 

Ce projet a pris du temps. Nous avons fait plusieurs versions avant de trouver le principe de la figure et sa géométrie permettant d’obtenir une séparation claire entre les zones de vie de la maison, tout en faisant en sorte que chaque espace soit généreusement ouvert sur l’extérieur, mais que les vues et les continuités intérieures entre les pièces soient cadrées et contrôlées, sans cloisonner. » 

Le terrain est situé dans un périmètre de protection des monuments historiques classés ou inscrits. Lorsque Pierre Minassian a pris contact avec l’architecte des Bâtiments de France, elle est venue visiter le site avec lui. Compte tenu de l’environnement bâti alentour très hétéroclite et peu qualitatif, respecter un style local n’avait pas de sens. Elle a approuvé la proposition de l’architecte de travailler l’insertion du projet dans le paysage et son inscription dans le site en s’inspirant du Salève, de sa roche, de sa couleur, de sa végétation. La teinte du béton a été choisie dans cet esprit et fait écho à la roche de la montagne. Des essences régionales ont été plantées sur le terrain. Quand elles auront grandi, la maison apparaîtra dans son écrin de verdure comme les affleurements rocheux des parois du Salève dans le paysage.

Le salon, foyer spatial de la maison

En plan, la maison compose une étoile à trois branches. Cette figure permet la multiplication des points de vue sur le paysage spectaculaire, entraîne des jeux de lumière permanents à l’intérieur et offre une variété d’espaces et de jardins dont les occupants profitent selon l’heure de la journée.

L’une des branches de l’étoile est à rez-de-chaussée, tandis que les deux autres s’élèvent à R+1. La maison est partiellement encastrée dans le terrain qui présente une pente importante. Elle joue ainsi avec l’irrégularité et les différents niveaux du sol. Sous la partie basse de la maison, le sous-sol totalement enterré abrite le garage, d’où un escalier emmène directement à l’intérieur. Depuis la rue, des emmarchements en béton dessinent dans la pente du terrain un cheminement qui conduit, au-dessus, à un auvent. Aménagé en creux et traversant le volume bas, cet auvent marque un seuil sur lequel donne la porte d’entrée. Cette dernière s’ouvre sur un vestibule qui, une fois franchi, donne accès au salon. Implanté au cœur de la maison, à la croisée des trois branches de la figure, il se développe en double hauteur. Son volume atypique et généreux, les grandes baies vitrées qui s’ouvrent dans trois directions, les jeux de lumière naturelle variant au fil des heures de la journée qualifient l’ambiance de ce lieu où il fait bon vivre. D’un côté, il dessert la salle à manger et la cuisine et de l’autre une zone regroupant le bureau, la salle de sport, le spa et la buanderie. À cela s’ajoute un salon télé. En fait, tous les lieux de la vie commune familiale sont répartis au rez-de-chaussée autour du salon, dans les trois branches de la figure en étoile. Comme la maison est partiellement encastrée dans le terrain irrégulier du site et joue avec ses différents niveaux, au rez-de-chaussée l’allège court le long des façades. Sa ligne continue suit les variations de hauteur du sol, tout autour de la maison, le long du grand linéaire de façade vitrée.

 

 

Desservies par un escalier depuis le salon, les chambres sont regroupées à l’étage. Elles sont disposées de part et d’autre du vide central, avec d’un côté la chambre enfant et la chambre d’amis, tandis que l’autre partie de l’étage est réservée à la chambre parentale. Une passerelle suspendue, qui traverse l’espace double hauteur du salon, la relie au palier d’étage. 

Béton armé et BFUP

La structure et l’enveloppe de la maison sont réalisées en béton gris brut. L’enchaînement des parois verticales et horizontales en béton façonne le volume de la maison et compose le rythme des opacités et des transparences.

Les ouvertures généreuses dessinées par l’architecte sont fermées par des baies vitrées de grandes dimensions, aux menuiseries invisibles, sauf pour les parties ouvrantes. Elles sont disposées en retrait des nez des dalles de toiture et du plancher haut, soulignant ainsi le dessin épuré de l’enveloppe en béton. La maison est isolée par l’intérieur. 

Au rez-de-chaussée, il n’y a pas de ponts thermiques du fait de l’encastrement partiel. Les toitures sont toutes végétalisées et isolées par l’extérieur. Les éléments de béton en avancées sur l’extérieur sont connectés ponctuellement à la partie intérieure de la dalle de plancher ou de toiture, dont ils sont séparés par un vide de quelques centimètres laissé entre les points de connexion. Le vide est rempli avec un isolant et les menuiseries des baies vitrées y sont encastrées. 

À l’étage, un moucharabieh contemporain, composé de pièces en béton fibré à ultra hautes performances (BFUP), protège l’intimité des espaces privés, réduit l’impact solaire sur les grands vitrages et donne de l’unité aux façades.

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Fiche technique

Reportage photos : © Studio Érick Saillet

Maître d’ouvrage : NC 
Maître d’œuvre : AUM Lyon Pierre Minassian architecte
BET structure : Cetis 
Entreprise gros œuvre : Bertrand Duron Constructeur 
Préfabricant moucharabieh contemporain : Taporo béton 
Surface : 270 m2 SDP
Coût : NC 
Programme : maison familiale, salon, salle TV, salle à manger, cuisine, bureau, salle de sport, chambre parentale, chambre enfant, chambre amis, garage.



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