Spring : immeuble de bureaux et commerces
Dans sa prestance, l’immeuble de bureaux conçu par Baumschlager Eberle Architectes illustre la liberté que donne le béton aux formes et à la technique.
En dialogue avec les massifs de la Chartreuse et du Vercors, la silhouette en gradins du bâtiment marque l’entrée de la Presqu’île de Grenoble, à la confluence du Drac et de l’Isère. Cette ZAC de 250 ha au programme mixte est voisine de la gare et du quartier d’affaires Europôle, sur un site historiquement consacré à la recherche scientifique. C’est une vitrine des fortes ambitions environnementales de la municipalité, portées par l’agence 2Portzamparc & Associés.
Un crescendo de volumes
Implanté sur un grand virage de l’artère principale, l’immeuble de bureaux aligne sa façade dentelée de 110 m le long de la plateforme de tramway. La façade opposée donne sur les voies ferrées en suivant une courbure composée avec des rayons différents. Le crescendo des volumes permet de mettre en place de généreuses terrasses plein sud du R+2 au R+6. Le volume initial est déformé par des décalages successifs dans les niveaux, générant une ouverture progressive des façades en courbe. Chaque étage de bureaux pivote légèrement par rapport à celui d’en dessous, ce qui crée du deuxième au dernier niveau de la façade principale des retraits utilisés comme balcon. Sur l’autre versant de l’immeuble, cette faible rotation crée un court porte-à-faux en sifflet. La largeur variée des plateaux se réduit à
13 m à l’endroit du pignon, plus vitré que plein et protégé par un auvent en dur. Contraints seulement par la trame de poteaux porteurs, les espaces de travail sont flexibles avec leur double ou triple exposition. Le quatrième étage dispose aussi au nord-est d’un balcon en loggia qui en facilite la partition.
Le découpage des bureaux bénéficie déjà de la trame régulière des fenêtres qui en rythme le design intérieur. Elle s’inscrit dans les redans créés par des épines en rapportées en façade et non structurelles. D’une seule et même section asymétrique, ces ombrières minérales embrassent toute la hauteur du bâtiment avec le renfort de stores extérieurs motorisés en toile. Les grandes façades peuvent donner à voir de subtils jeux lumineux selon la course du soleil. Les admirateurs de Fernand Pouillon (1912-1986) penseront aux piles saillantes en pierre de la façade sur jardin de « l’immeuble aux 1 000 fenêtres » que l’architecte de la Reconstruction a réalisé en 1961 à Meudon-la-Forêt pour l’habitation.
« L’accrochage des épines à l’aide de corbeaux a représenté une certaine technicité, précise Constantin Döhler, chef de projet chez Baumschlager Eberle Architectes. La conception des poteaux d’angle aussi. Ce n’est jamais facile d’articuler différentes faces du bâtiment lorsqu’il y a un compromis à trouver. Les Grecs ont dû creuser la question avec leurs temples. »
Le bâtiment est en béton brut, sans lasure opacifiante. Le matériau constitué de granulats régionaux affiche un ton clair, demandé dans la ZAC en façade comme au sol en vue de limiter les îlots de chaleur. Le béton banché de la coque s’associe aux épines, préfabriquées sur le chantier, en gardant un aspect d’ensemble relativement homogène malgré des calendriers de réalisation différents. Pour tenir compte du fait que le béton n’a pas toujours le même aspect selon la façon dont il est coulé, les concepteurs ont fait le choix de la préfabrication foraine plutôt qu’en usine. Cela leur a permis aussi de proposer dans l’assemblage des épines des pièces atteignant la hauteur de trois étages pour les plus longues, ce qui n’entre pas dans le standard du transport routier.
L’édifice est réalisé en béton bas carbone, hormis les façades, pour la fabrication desquelles le béton ordinaire a permis de gagner en délai de dessiccation. La forte courbure de la façade arrière demandait en effet de jongler avec des banches spécifiques dont l’entreprise a choisi de limiter le nombre du fait de faibles perspectives de réutilisation. La descente de charges est répartie entre les façades, la trame de poteaux et les deux noyaux de circulation verticaux. Ces derniers répondent aussi aux contraintes sismiques locales et concentrent les réseaux techniques et les pièces humides pour libérer les plateaux. Les baies verticales en bois-aluminium – châssis ouvrant sur allège vitrée ou grande baie fixe – s’inscrivent dans la trame mère de 1,35 m des espaces de travail et s’étirent dans la hauteur libre de 2,82 m entre la sous-face de la dalle de béton et le faux plancher.
Ce dernier cache la rehausse des poutres noyées de la structure et les réseaux. À l’origine, les seuls lieux équipés d’un faux plafond étaient les couloirs, les espaces de travail bénéficiant pour l’acoustique et l’éclairage de panneaux suspendus à la dalle laissée apparente. Mais de nombreux occupants ont préféré ajouter un faux plafond courant. L’inertie thermique et l’isolation phonique assurées par le béton constituent pourtant de solides avantages qui auraient pu les convaincre de l’intérêt de faire rentrer l’aspect brut de l’enveloppe dans le bâtiment. Le chantier se trouve en outre simplifié par cette esthétique innovante dans le secteur tertiaire. Une fois le plancher à poutres noyées réalisé, le coulage des rehausses complétant celles-ci est en effet plus rapide à mettre en œuvre que des retombées à coffrer par en dessous, plus courantes.
L’immeuble bénéficie d’une performance énergétique intégrée avec une « dalle active » à chaque étage pour la transmission du chaud et du froid à l’aide d’un réseau de tubes incorporés dans l’épaisseur du plancher. Le chauffage et le rafraîchissement de l’immeuble sont assurés par un réseau collectif de géothermie à l’échelle de la Presqu’île, baptisé Exhaure. Pour chaque immeuble, des pompes à chaleur puisent dans la nappe phréatique l’eau à collecter avant de la rejeter dans l’Isère. Ce choix écologique permet d’éviter la multiplication des blocs de climatisation sur les toits ou en façade. Au sommet de l’immeuble peut s’étendre ainsi une couverture photovoltaïque.
Le site a par ailleurs posé une difficulté de conception sur le plan de la prévention des risques. « Un scénario catastrophe de rupture de digue du côté du Drac pourrait impacter le bâtiment dans sa partie sud, explique Arielle Masson, en charge des études en hydraulique fluviale chez Artelia. L’immeuble est placé dans l’axe de l’avenue par laquelle déferlerait une lame d’eau pouvant atteindre 70 cm de hauteur avec une vitesse de 1,5 à 2 m/s. » Le Plan de prévention des risques d’inondation en vigueur a conduit les ingénieurs en hydraulique à préconiser un rez-de-chaussée semi-enterré pour le stationnement qui permet à l’eau de traverser le bâtiment pour aller se déverser dans l’Isère. Les épines encadrent sur l’avenue de larges ouvertures équipées d’un fin barreaudage métallique de sécurité dont le pendant est encore plus développé sur la façade opposée. La modélisation numérique des écoulements a pu démontrer l’absence d’impact sur les immeubles voisins et la transparence hydraulique du bâtiment. Le parc de stationnement comprend également un niveau en sous-sol qui est cuvelé, le béton jouant le rôle de barrière étanche.
Un jardin de poche accessible au public
Le socle de parking s’étend sur le versant arrière de l’opération et supporte une grande terrasse paysagère dans le prolongement du rez-de-chaussée haut. Le porche traversant au milieu du bâtiment, très visible avec son bardage en bois aux murs et au plafond, conduit par un emmarchement en pente douce à cette esplanade de deux pavillons en charpente bois à claire-voie pour garer les vélos. Une partie du parvis profitera au seul espace commercial donnant sur l’avenue, au nord du bâtiment. Les cheminements piétons et vélos sont en pavés de béton, résistants au climat hivernal, ou en gravier époxy, perméable. Les plages minérales côtoient une butte végétalisée avec des arbres de haut jet qui ont demandé jusqu’à 80 cm de hauteur de terre. Au rez-de-jardin comme sur les terrasses supérieures, le dessin des massifs plantés est dicté par le choix de ramener toute la végétation en rive des dalles afin d’en optimiser l’épaisseur. Le parvis public en surplomb des voies ferrées donne aussi aux usagers et aux badauds l’occasion d’apprécier le mouvement visuel créé par la forme concave de la façade. Dans une vision latérale du bâtiment, les fenêtres tendent même à s’effacer derrière les épines pour ne plus laisser qu’un pan mural finement ciselé avec ses saillies en crête, telle une singulière coquille marine.
Qualités environnementales : BREEAM 2016 excellent, Bbiomax - 30 %, RT2012 - 40 %, E+C – niveau E3.
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Reportage photo : © Cyrille Weiner
Fiche technique
- Maître d’ouvrage : Demathieu Bard Immobilier, Nacarat
- Maître d’œuvre : Baumschlager Eberle Architectes, mandataire
- BET : Quadriplus Groupe (structure, VRD, fluides, BIM Manager) ; Etamine (environnement) ; Peutz et Associés (acoustique) ; Amstein & Walthert / Antea Group (hydrologie, géothermie)
- Entreprise générale : Demathieu Bard Bâtiment Sud-Est (DBBSE)
- Surface : 13 645 m2 SDP
- Coût : 27,4 M€ HT
- Programme : bureaux, commerces et parking
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Haute-Normandie
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fontaine
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