Côtés nord et est, les façades s’ouvrent vers le parc, offrant aux étudiants une vue arborée depuis leurs loggias.

La Cité internationale universitaire de Paris (CIUP) peut être qualifiée de lieu d’exception par son échelle, par la diversité de ses architectures et par la surface de son parc. Aussi, chaque nouvelle construction relève de l’événement, notamment parce que la dernière en date remonte à 1969. La Maison de la Corée, qui ouvre ses portes cet automne, amorce la densification souhaitée de la Cité, avec 10 nouvelles maisons programmées, soit environ 1 800 logements venant s’ajouter aux 6 000 déjà existants. Pour atteindre cet objectif, les parcelles dédiées aux nouvelles constructions se situent pour la plupart à la lisière du boulevard périphérique, la zone la moins dense de cet ensemble immobilier – un contexte à fortes nuisances, bruit et pollution, qui impliquait une réponse adaptée. Tel fut le cas pour la Maison de la Corée. La proximité de cette 4 voies est devenue un des points forts du projet lauréat, décuplant la créativité des architectes.

La façade ouest, plus fermée car exposée aux nuisances et composée de panneaux de béton blanc dépolluant.

Le volume construit, s’il déploie une géométrie aux lignes simples, fait preuve d’une grande pertinence quant à son implantation, à sa composition et à l’orientation des éléments qui le constituent. Et plutôt que de parler de faces pour l’ensemble de ce bâtiment au volume atypique, il serait plus juste de parler d’un développé de façade qui se déroule et dont la nature se modifie en fonction de son environnement, plus ou moins ouvert ou protégé selon les besoins et les nuisances. Par cette volumétrie, la Maison de la Corée tend ses bras vers le parc tout en donnant un sentiment de bienvenue au passant.

Plan de rez-de-chaussée haut 1. Épicerie 2. Restaurant coréen 3. Salle polyvalente 4.Accueil 5. Pôle d’administration 6 Patio coréen rez-de-chaussée bas

Précisément, le programme et la configuration de la parcelle ont amené les architectes à définir un projet à trois orientations majeures. Une partie des chambres, exposées nord-est, compose une façade de balcons, particulièrement vitrée, qui se déroule face au parc de la CIUP. La façade ouest, largement exposée aux nuisances du boulevard périphérique, accueille l’autre partie des chambres et logements. Cette façade, plus fermée, a été pensée
comme un élément monolithique entièrement réalisé par l’empilement d’éléments en béton préfabriqué blanc. Côté sud, face au boulevard périphérique, la façade présente un linéaire réduit, dédié aux cuisines collectives d’étage et aux salles de restauration, protégées par une double peau composée de brise-soleil et de coursives d’entretien renforçant l’isolement thermique et acoustique d’un mur rideau performant.

Un lieu inspirant

Les architectes ont souhaité éviter le piège d’une expression pittoresque de la culture coréenne traditionnelle. Ils ont plutôt tenté de réinterpréter les fondements de ses spécificités, à savoir un sentiment mêlé de simplicité et de sérénité. L’architecture du bâtiment est l’expression de cette réflexion et de ce sentiment – un savant mélange de bon sens, de lignes épurées et de prise en compte du confort de l’occupant, qui vaut également pour son organisation. Entièrement vitré et tourné vers l’extérieur, le hall principal, point névralgique où s’articulent trois niveaux de planchers, permet de se diriger et de se repérer sans difficulté vers l’ensemble des locaux communs qui s’organisent sur deux niveaux, rez-de-chaussée haut et bas.

Suivant les besoins et les ambiances souhaitées, les hauteurs sous plafond sont très variables, de très haute à presque basse pour les espaces intimes, notamment les couloirs menant aux logements et aux studios, lesquels sont particulièrement bien équipés et confortables. « On se devait de construire en béton », telle est la phrase de Pierre Boudon, de l’agence Canale 3, qui résume le mieux le choix de ce matériau, annoncé comme une évidence en réponse au patrimoine bâti de la Cité internationale, et en particulier au fait de construire à proximité des deux maisons édifiées par Le Corbusier – une joie et une fierté, notamment pour l’agence coréenne, co-conceptrice et fascinée par l’histoire et la qualité des bétons français. Donner à voir la sobriété du béton impliquait de réaliser un bâtiment isolé par l’intérieur qui corresponde au « plan climat de la ville de Paris ». 

Ici, le béton brut permet d’afficher la force de certains volumes, de mettre en exergue la simplicité des lignes, de marquer certaines verticales et de révéler la transparence du bâtiment. Outre ces aspects purement architecturaux, les bétons employés répondent également aux besoins spécifiques du projet. En effet, la façade sud particulièrement exposée aux nuisances du boulevard périphérique en est un des exemples les plus significatifs. Pour limiter la pollution, la façade est habillée de panneaux préfabriqués, non porteurs, réalisés en béton blanc dépolluant à effet photocatalytique. Ils sont suspendus de plancher à plancher et reçoivent une isolation intérieur afin de répondre aux fortes exigences acoustiques et thermiques. Côté parc, un béton isolant structurel, utilisé pour réaliser les dalles des balcons, a permis d’éviter la pose de rupteurs de pont thermique.  

L’accès au rez-de-chaussée bas, semi-enterré, se fait par un large escalier en béton.

Des structures efficaces

Outre les éléments de vêture préfabriqués et les panneaux porteurs constituant la façade ouest, également réalisés en béton blanc dépolluant, l’ensemble des structures a été coulé en place. Le site correspondant à une ancienne carrière, l’infrastructure se compose de grands voiles périphériques et de pieux de 25 m soutenant une superstructure composée de poutraisons en béton armé reposant sur des boîtes à ressorts – une désolidarisation de la structure avec le sol porteur rendue nécessaire par la proximité des voies du RER et ses fortes vibrations. 

Autre point remarquable, le plancher à double dalle correspondant au plafond du hall principal en double hauteur. Il permet de dévoyer les gaines et « d’absorber » la retombée de poutre de 1 m, laquelle supporte les étages supérieurs des chambres. Ce plancher se compose d’une dalle porteuse et d’une dalle en béton autoplaçant fonctionnant comme un faux plafond « suspendu » avec éclairage intégré, grâce aux réservations prévues au moment du coulage. 

Un environnement préservé

De nombreux efforts ont été faits quant à l’environnement, au sens large. Le bâtiment est certifié Habitat & Environnement, profil A,
établi par Qualitel. Il répond aux exigences du label Effinergie+ et aux objectifs du plan climat de la ville de Paris. 

La Maison de la Corée s’avère être un bâtiment économe en énergie, avec des espaces extérieurs créant une rupture qualitative avec le boulevard périphérique et une gestion alternative des eaux. Les nuisances acoustiques ont évidemment fait l’objet d’une attention particulière. Outre le positionnement du bâtiment et la répartition programmatique, la qualité des menuiseries, une façade ouest « épaisse » et une façade sud à double peau permettent de protéger le bâtiment du bruit. Côté isolation thermique, le déphasage thermique assuré par l’inertie très lourde des planchers et des parois intérieures en béton offre un bon confort, été comme hiver, et permet de mettre en place une isolation par l’intérieur tout en respectant les objectifs – des performances renforcées par le traitement de l’ensemble des ponts thermiques, une excellente étanchéité à l’air et la mise en place de protections solaires adaptées. Une pompe à chaleur à absorption, alimentée au gaz, complète le chauffage des locaux assuré par une chaudière gaz à condensation. La production d’ECS est réalisé intégralement par une pompe à chaleur sur eaux grises. 

Une partie de l’eau de pluie est récupérée pour faire face aux besoins d’arrosage du jardin arrière et des toitures végétalisées. 

Les étudiants logés dans cette Maison de la Corée vont profiter d’un lieu de vie confortable, lumineux et serein.

Les façades sud et ouest en lien direct avec les flots de voitures circulant sur le boulevard périphérique.

Maître d’ouvrage : Association de la Maison de la Corée – AMO : SCET – Maître d’œuvre : Canale 3 et Moongyu CHOI + ga.a architects + AUM & LEE – BET fluides, structures : Artelia – BET acoustique : Alhyange – Économiste : Bureau Forgue – Paysagiste : AEP – Entreprise générale : Eiffage Construction Habitat – Préfabricant : Naullet – Groupe Soriba – Surface : 5 450 m2 SHAB – Coût : 18,5 M€ HT – Programme : 250 studios, 20 logements, restaurant, foyer étudiants, salle polyvalente, espaces collectifs (studios de musique, salle fitness, lingerie), pôle administratif.



0 commentaires

Voir aussi