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Le nouveau lycée Saint-Mitre, baptisé aujourd’hui Simone Veil, est situé dans le 13e arrondissement de Marseille, sur l’un des derniers grands sites vierges du quartier. Réalisé à l’initiative de l’ancienne région Provence-Alpes-Côte d’Azur, renommée région Sud, l’établissement vient compléter l’offre d’enseignement public supérieur des quartiers nord de Marseille en accueillant pour sa première rentrée 855 élèves. Ce chiffre devrait s’étendre à 1 400 d’ici deux ans.    

Un site champêtre

« À l’origine, nous avions là des champs », explique Corinne Vezzoni. « Le terrain, avec ses 14 000 m2, s’étendait en pente douce vers le sud et possédait un caractère encore très champêtre. L’église Saint-Mitre juchée en point haut du site attirait tous les regards et possédait une vie paroissiale encore très active. Il nous semblait devoir la préserver et même peut-être la renforcer. Enfin, les vues lointaines sur les massifs calcaires de l’Étoile et de Callelongue étaient très qualitatives. »

Malgré l’implantation du nouvel équipement, les concepteurs ont tenu à préserver et mettre en valeur les atouts de ce site. Très vite, la pente bien orientée du terrain est apparue comme une qualité majeure. Elle offrait la possibilité d’optimiser la prise de site et de conserver une partie de la parcelle en réserve foncière. Au final, ce sont 50 % de la parcelle qui sont non construits et disponibles pour de futures extensions. Cette notion d’« économie du sol » avait particulièrement séduit le jury du concours.

Les architectes ont ensuite pris le parti de décomposer l’opération en trois entités correspondant aux trois unités fonctionnelles principales. Le lycée à proprement parler s’implante en point haut au nord de la parcelle ; le gymnase borde la limite est du terrain le long du chemin de Saint-Mitre et enfin les logements de fonction occupent la limite sud, face aux lotissements existants.

Les différentes unités fonctionnelles se répartissent en corps de bâti indépendants.Le bâti s’intègre à la pente naturelle du terrain pour se développer en une série de restanques.

Juste échelle

Cette fragmentation du programme initial permet de borner stratégiquement la parcelle et de limiter l’impact visuel de l’équipement face à l’échelle encore villageoise du quartier. Aucun élément bâti n’émerge le long de l’avenue Saint-Mitre, artère principale du quartier où l’église garde ainsi toute son importance. 

Un lycée autour de jardins

Accessible depuis l’avenue des Pâquerettes, le lycée est installé en point haut du site pour lui permettre de bénéficier du dénivelé maximum. Le bâti s’intègre à la pente naturelle du terrain pour se développer en une série de restanques. Chacune d’elles fait face au sud, s’offrant au soleil et à la vue vers les points marquants du grand paysage. 

Comme dans les jardins méditerranéens, la toiture du bâtiment aval devient la terrasse du bâtiment amont. Plantés ou aménagés en cour ou en terrain de sport, ces espaces extérieurs permettent de limiter l’étalement du bâtiment, préservant l’espace sans bouleverser le terrain naturel.

La topographie permet d’autre part de conserver le cône de vision vers l’église, tout comme sa position qui reste dominante par rapport au nouvel équipement. À l’abri du Mistral, l’accès des lycéens le long de la façade principale conduit au hall dans la perspective de l’église. Sa silhouette caractéristique veille sur la cour et accompagne les lycéens tout au long de leurs déplacements.

Les accès véhicules, en revanche, sont regroupés à l’arrière, en façade nord, afin de dissocier les flux et de libérer l’établissement de la présence des voiries. Les stationnements des professeurs sont intégrés au bâti du lycée et constituent un niveau de stationnement en superstructure disposé au-dessus du rez-de-chaussée.

L’église conserve toute son importance malgré 
un rapport d’échelle défavorable avec le lycée.

Un gymnase partagé

La réponse architecturale des concepteurs intègre l’installation du gymnase le long de l’avenue Saint-Mitre pour poursuivre la logique urbaine existante et enrichir les usages et les pratiques de ce morceau de ville existant. Le gymnase s’ouvre à la ville en dehors des horaires scolaires, aussi, les architectes l’ont placé au plus près de la ville historique pour être aisément accessible. 

Encastré dans le talus, le gymnase restitue sa toiture au domaine public grâce au calage topographique, lui offrant une toiture belvédère en prolongement du trottoir déjà présent. Non loin du parvis existant de l’église, ce toit devient une place dédiée à des activités multiples (marché, jeux, éventuelles photos de mariage face au grand paysage et à la rade de Marseille). 

Des logements protégés

Situés au point le plus bas du terrain, les logements de fonction marquent la limite de l’opération. En dialogue avec les lotissements voisins, ils bénéficient d’un accès indépendant. Les toitures des logements s’inclinent favorablement vers le sud pour supporter l’ensemble des panneaux photovoltaïques de l’équipement. Ce projet est en phase avec le respect de l’environnement en matière d’énergie, de consommation du territoire, de construction, d’eau, de transformation du bâti, mais aussi de pérennité. Cela s’est tout d’abord traduit à travers l’implantation de l’équipement. Seule la moitié du terrain a été utilisée pour son implantation. Cette démarche de limitation de la consommation du territoire est un axe de réflexion important porté par l’agence Vezzoni et associés, faisant du « sol » une ressource rare à économiser au même titre que l’énergie.

Qualité environnementale

L’économie d’énergie est un second axe de travail important pour les concepteurs. Nous sommes là au sud, ce qui implique des problématiques différentes de celles des bâtiments tournés au nord, avec, notamment, comme objectif principal un bon confort d’été sans avoir recours à la climatisation. 

Encastré dans la terre et bénéficiant de la présence intérieure du béton grâce à un principe constructif de double mur coulé en place avec isolant intégré, le bâtiment doit son bon confort hygrothermique à la parfaite régulation thermique naturelle rendue possible par la forte inertie du béton qui permet de redistribuer le jour la fraîcheur accumulée dans les murs pendant la nuit du fait de la baisse naturelle des températures. 

Le lycée est construit avec pour unique matériau le béton, au sol, aux murs et plafonds. Sa teinte reprend celle du site.

Confort d’été

Le confort d’été est également renforcé par des classes systématiquement traversantes et ventilées naturellement. La nuit, cette ventilation est maintenue au travers des grilles pare-pluie qui garantissent l’anti-effraction tout en permettant le passage de l’air. Les classes bénéficient d’une double orientation avec des fenêtres orientées au nord vers un patio intérieur.

De l’autre côté, les fenêtres exposées au sud sont protégées du rayonnement solaire direct par de grandes avancées de dalles. Celles-ci ont été dimensionnées pour protéger du soleil haut d’été tout en permettant de bénéficier des apports solaires d’hiver.

Dernier point, le lycée est construit avec comme unique matériau le béton. L’objectif des concepteurs était d’offrir un bâtiment pérenne, ne nécessitant aucun entretien et résistant aux sollicitations des élèves. Pour ce faire, les enduits, faux plafonds, peintures et autres matériaux polluants nécessitant un entretien ou peu résistants ont été éliminés. 

Béton teinté dans la masse à partir de pigments naturels

Marquant la volonté de s’inscrire dans le territoire, le béton a été teinté dans la masse. Réalisée à partir de pigments naturels, la teinte choisie est identique dans tout le bâtiment et fait référence à celle de l’église voisine. Compte tenu de la taille de l’équipement, une centrale à béton a pu être installée sur place durant le chantier, assurant à l’ensemble une teinte parfaitement homogène. Cet unique matériau à l’intérieur comme à l’extérieur confère au projet sa dimension sculpturale et plastique et offre aux lycéens un cadre propice aux études comme à leur épanouissement. 

 

Reportage photos : Lisa Ricciotti, David Huguenin et We are content(s)

Maître d’ouvrage : région Provence-Alpes-Côte d’Azur – Mandataire : Area Paca – Maître d’œuvre : Corinne Vezzoni et associés – BET TCE : Arcoba – Entreprise gros œuvre : Travaux du Midi – Surface : 14 860 m2 SDP – Coût : 25 M€ HT – Programme : un lycée, un gymnase avec une place du village intégrée et un mur d’escalade reconstitué à flanc de colline, des logements et des plateaux sportifs.



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