Des cheminements en béton balayé qui s'intègrent à l'environnement végétalisé.

Sur les bords de la Garonne, la morue (cabillaud séché) fut longtemps une bénédiction ! C’est à ce poisson – découvert à Terre-Neuve, au Canada, à la fin du XVe siècle – que Bègles dut sa prospérité du XIXe siècle aux années 1950. Les navires de pêche jetaient l’ancre au port de la Lune à Bordeaux, et les gabarres remontaient le fleuve pour débarquer la morue salée à Bègles, où le climat doux et humide était idéal pour sécher le poisson en plein air. La ville était surnommée le « faubourg des odeurs » à cause des effluves de sel et de marée.

Clin d’œil à ce passé révolu, les Sècheries de Bègles sont la nouvelle dénomination d’un ambitieux projet urbain, en voie d’achèvement, situé sur une friche industrielle qui accueillait autrefois les fameux poissons salés. Une vaste opération de rénovation urbaine, en bordure de Garonne : il s’agit de l’aménagement d’un « parc habité » de 9 ha au total, avec 600 arbres replantés, où architecture et nature s’imbriquent dans un large espace paysager, valorisé par la mise en œuvre de cheminements en béton décoratif.

Pour l’heure, une seule voie dessert cette zone (l’allée de Francs), mais l’accessibilité des transports en commun ainsi que la présence de commerces de proximité sont prévues. Situées à proximité immédiate de la mairie de Bègles, de la future ligne C du tramway (en 2017) et du bus, à quinze minutes de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, les Sècheries sont appelées à devenir un « cœur de ville » dynamique, directement connecté à l’agglomération bordelaise. Un troisième quartier béglais, celui du XXIe siècle, qui s’ajoute aux deux anciens « villages urbains », Terres-Neuves et Terre Sud.

Acheminé sur le chantier par dumper, le béton a d'abord été tiré à la règle.
Après serrage, le béton frais a ensuite été finement taloché par des équipiers montés sur des chaussures à clous.
La surface du béton a enfin été animée par de fines stries régulières, réalisées au moyen d'un balai de marquage.

“Bien chez soi et bien ensemble”

Six opérateurs immobiliers participent à l’opération, qui vise à construire 350 logements (270 logements en accession libre, 46 logements en accession sociale, 34 logements locatifs sociaux) et un parc de stationnement en silo de 415 places (avec huit bornes de recharge électrique) à 150 m des habitations. Huit architectes et cinq paysagistes ont été invités à proposer des approches innovantes.

Parmi les principes retenus : des logements évolutifs, ouverts sur la nature ; des surfaces intérieures généreuses ; des espaces à partager (jardins, zones de pique-nique, ateliers, buanderies, salles d’activité) ; des modes de déplacement verts (à pied ou à vélo) ; une gestion collaborative avec un site Internet dédié ; l’intervention de médiateurs ; et des prix de vente attractifs. Un slogan : « Bien chez soi et bien ensemble. » Des urbanistes suisses et mexicains sont déjà venus sur place pour s’inspirer de cette expérimentation en grandeur nature.

En 2016, les nouveaux habitants des différentes résidences ont commencé à s’installer, et la première fête des voisins a eu lieu le 6 juin dernier. Cet été fut consacré à finaliser les aménagements des espaces publics, en concertation avec les résidents.

Du béton balayé pour les cheminements, les voiries et les placettes

Parmi les solutions retenues par les aménageurs : l’utilisation du béton balayé, mis en œuvre par Sols-Aquitaine, pour les cheminements, les voiries et les placettes. Arguments favorables : « facilité de mise en œuvre », « simplicité » et « mise en valeur de la végétation » qui « apporte une touche graphique par la lumière durant la nuit ».

Le tracé des allées voulu par le paysagiste concepteur se resserre et se dilate au gré de la déambulation parmi les habitations. Par endroits, des « stations vertes » ponctuent le parcours ; elles sont conçues comme des lieux de repos ou d’animation, selon le moment de la journée ou en fonction des événements, et sont équipées de mobilier et d’ombrières pour abriter les tables de pique-nique en bois. La nuit, des candélabres, encastrés au sol, balisent les itinéraires et mettent en lumière la végétation. « Chez Sols, le béton balayé est un véritable savoir-faire, qui offre à nos clients de nombreux avantages esthétiques et économiques », souligne Dominique Noraz, responsable de Sols-Aquitaine. « Dans l’environnement végétalisé des Sècheries, le relief accroche la lumière, tandis que le grain tout particulier du béton et le coloris choisi, qui est très clair, permettent une intégration visuelle optimale », constate de son côté Éric Salle, conducteur de travaux.

Les « stations vertes » des Sècheries : des aires de repos ou d'animation, dotées de mobilier et desservies par les cheminements en béton balayé.
Spécificités du chantier : le respect des sens de balayage, des finitions minutieuses et des sciages très esthétiques.

“Respect des sens de balayage”

Pour mettre en œuvre ce béton balayé, l’équipe de Sols-Aquitaine – composée de cinq personnes, effectuant le coulage avec un Dumper 600L – est intervenue en deux phases. D’abord, en avril 2014, pour réaliser des venelles et des parties circulées avec un strict « respect du sens de balayage en fonction des orientations du cheminement. Cette intervention s’est faite avant la réalisation des immeubles, permettant un accès relativement aisé en périphérie de l’ensemble des cheminements », rappelle Éric Salle, le conducteur de travaux. Résultat : 2 145 m2 de béton balayé, sur une épaisseur de 15 cm, pour les zones piétonnes et 2 540 m2 de béton balayé, sur une épaisseur de 20 cm, pour les voiries (soit un volume de 830 m³).

Ensuite, en juin 2016, nouvelle intervention avec 430 m² mis en œuvre sur une épaisseur de 15 cm pour les zones uniquement piétonnières (venelles) et 1 110 m², sur une épaisseur de 20 cm, pour les parties circulées. Là encore, même contrainte faisant tout l’intérêt du chantier pour Sols-Aquitaine : « le respect des sens de balayage suivant l’orientation des angles des cheminements ». Difficultés à surmonter : le choix des implantations des sciages et le soin à apporter aux finitions du balayage (fines pour les parties piétonnes et plus prononcées pour les parties circulées). « La coordination avec les autres entreprises a été très bonne et n’a pas soulevé de problème. »

Une troisième et dernière tranche de chantier est prévue avant la fin des travaux d’aménagement des Sècheries, programmés en janvier 2017.

Chaque fois, les équipiers de Sols-Aquitaine ont eu à cœur de délivrer des prestations particulièrement esthétiques. Résultat : une déclinaison de surfaces, animées par de fines stries, régulières et parallèles. Un vrai travail d’artistes !

L’avis du maître d’oeuvre

« La qualité de ce projet doit beaucoup à l’implication de la maîtrise d’ouvrage, de la maîtrise d’œuvre, des services gestionnaires, des entreprises mais également des fournisseurs qui ont su s’adapter à ce concept innovant du “parc habité“, expliquent Dany Hermel-Wiart et Paul Trouillot, de l'agence Trouillot-Hermel Paysagistes. En tant que paysagistes et maître d’œuvre, nous ne croyons pas au produit-miracle capable de résoudre toutes les contraintes sur n’importe quel projet (usage, entretien, esthétique, recyclage…).

Il s’agit plutôt de travailler avec les entreprises capables d’adapter leurs compétences techniques et leurs moyens de mise en œuvre pour garantir la qualité et la pérennité d’un aménagement. C’est pour cela que la concertation avec les futurs services gestionnaires d’un site est indispensable. Pour nous, le revêtement de demain, c’est celui qui sait répondre aux besoins d’aujourd’hui, tout en conciliant l’efficacité technique, l’esthétique et la facilité d’entretien. »

Maîtrise d’ouvrage: Aquitanis - Maître d’œuvre: Alain Charrier (urbaniste), Ingerop BET VRD, Trouillot & Hermel Paysagistes  - Réalisation du béton décoratif: Sols-Aquitaine (cotraitant du lot VRD avec l’entreprise Dubreuilh TP) - Fournisseur du béton: VMBA-Villenave-d’Ornon - Fournisseur du ciment: Eqiom



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