Curieuse ville que Chasseneuil-du-Poitou. Connue pour la présence du Futuroscope avec ses installations à vocation scientifique et ses architectures improbables, cette petite ville vaut aussi pour la réputation touristique de son paysage pittoresque avec ses hameaux et ses parcs.

Jouer sur la tangente dans un site contraint

Profitant de la mutation du quartier de la gare, la ville s’est dotée d’une salle culturelle et festive sculpturale en béton signée par l’atelier d’architecture King Kong. Largement ouverte face à un espace paysager au nord, en lien avec certaines fonctions du programme, cette salle baptisée la Quintaine s’est implantée sur le site en respectant le périmètre d’un plan de prévention des risques technologiques. Lié au voisinage d’installations industrielles classées Seveso, ce plan de prévention permettait néanmoins d’installer sur cette zone le volume en porte-à- faux qui dessine l’entrée de l’équipement. Par la tension d’une grande diagonale, ce dernier s’inscrit de façon tangentielle au regard de la courbe de la zone de risques. 

En assumant un rôle de « tampon » au sud, cette orientation préserve des nuisances acoustiques les quartiers d’habitation voisins. Ici, le volume compact s’infléchit, libérant un espace d’accès et de stationnement pour les livraisons de la cuisine et du bar. À l’est, hors de la vue des utilisateurs, la desserte de l’arrière-scène est réglée à l’identique. Au nord-ouest, le public accède à l’édifice par un parvis couvert qui dessine une place agrémentée de bancs, et la transparence du rez-de-chaussée qui semble porter le volume plein de l’étage fonctionne comme un signal qui appelle les spectateurs. Dans cet édifice couronné par la galette de l’étage, le lourd semble ainsi porté par le léger. L’immense porte-à-faux et le jeu de contrastes qui s’instaure entre la transparence et l’opacité mettent en scène le sol et les liens qui s’opèrent entre l’extérieur et l’intérieur pour souligner la descente vers les espaces situés au sous-sol de l’équipement.

À l’extérieur, la volumétrie générale de cette architecture en béton matricé joue sans artifice de ses inclinaisons douces pour intégrer sans fracas le nouvel équipement dans la ville.

Le hall et la paroi de béton qui délimite le volume de la salle.
Le hall et la paroi de béton qui délimite le volume de la salle.

Le béton, entre cheminements et paysage

Une toiture végétalisée prolonge cet objectif, de même que le dessin des places de stationnement qui est maîtrisé et optimisé par un principe de bandes dédiées. « L’idée est bien de conserver le plus possible l’idée d’un parc, combiné à un écran végétal, et le béton y contribue largement », indique Jean-Christophe Masnada. « Cet espace reçoit ainsi divers types de traitements. Le béton, puis le béton microdésactivé (béton à faible granulométrie associé à une désactivation légère), présents en limites de parcelle à l’ouest et au nord, font ensuite place à différentes dalles de béton engazonnées de deux types selon que les bandes sont liées à la circulation ou au stationnement. Les allées piétonnes sont réalisées en béton microdésactivé et des arbres ponctuent l’ensemble, en évitant les alignements monotones. 

À terme, des arbres de haute tige créeront un filtre visuel entre le nouvel équipement culturel et festif et le cimetière. » Si le volume s’intègre en douceur dans le paysage, la matérialité de l’édifice cultive une riche opposition avec le caractère pittoresque du village où l’équipement s’affirme comme la pièce majeure du futur développement du centre-bourg. Au nord de la parcelle, le parking, perçu comme un parc arboré, favorise l’insertion de la salle de spectacle dans un paysage à dominante végétale.

Par les découpes des vides et des pleins, l’architecture fait écho aux fonctions de l’équipement, mais aussi à sa capacité d’insertion urbaine
Par les découpes des vides et des pleins, l’architecture fait écho aux fonctions de l’équipement, mais aussi à sa capacité d’insertion urbaine

Le béton et ses multiples atouts

« Cette salle de spectacle n’étant pas destinée à accueillir une compagnie en résidence, le programme initial était à la fois simple et confus, ce qui nous a permis d’être force de proposition pour en préciser les enjeux. Nous avons d’ailleurs été écoutés par la maîtrise d’ouvrage », ajoute Jean-Christophe Masnada. « Dans ce bâtiment, le béton a été retenu pour l’ensemble de la structure porteuse en raison de ses propriétés tant thermiques qu’acoustiques, mais aussi parce que l’efficacité de ce type de mise en œuvre est également synonyme de réduction des coûts. 

Pour la structure et l’enveloppe du bâtiment, l’utilisation du procédé de mur à coffrage intégré a permis d’associer aux voiles de grande hauteur coulés en place des éléments préfabriqués garantissant le fini le plus parfait possible pour les parements extérieurs. Les voiles de béton de grande hauteur évitent les ponts thermiques et rendent l’enveloppe particulièrement performante en termes d’inertie thermique. Les murs à coffrage intégré, composés de deux parois réalisées en usine et d’une âme en béton coulé en place, donnent sa matière minérale au rez-de-chaussée et permettent aussi une réelle qualité de parement matricé. À l’étage, les panneaux de béton présentent un parement lisse. »

Le calme d’un parvis sous la masse protectrice du béton.
Le calme d’un parvis sous la masse protectrice du béton.

Du hall à la salle

En proue du bâtiment, le hall d’entrée offre un espace extrêmement généreux. La distribution très lisible des fonctions facilite le repérage vers les circulations, au sein d’un volume confortable agrémenté de trouées visuelles vers l’extérieur

Au cœur de l’ensemble, un patio végétal éclairé zénithalement laisse pénétrer la lumière naturelle et la végétation. Encadré par des voiles de béton autoplaçant de 11 m de hauteur, coulés en place avec le plus grand soin à l’aide de coffrages en contreplaqué réalisés par un excellent menuisier coffreur, il constitue à lui seul un petit havre de paix. 

La nature bifonctionnelle de la salle imposait de répondre au mieux à des besoins antinomiques à certains égards, ce qui a conduit les architectes à imaginer une double orientation. Lorsqu’elle est utilisée pour les spectacles, la salle est orientée est-ouest, en direction du plateau. L’orientation nord-sud est par contre privilégiée lorsque la salle abrite des réceptions ou des banquets. Une grande baie libre permet alors d’ouvrir largement l’espace sur l’extérieur et le paysage végétal, où une terrasse apporte un prolongement extérieur à la salle. Profitant de la déclivité du terrain, elle s’élève au-dessus du parvis, tel un podium au service des événements parfois solennels qui se déroulent dans le bâtiment. 

La volumétrie de l’architecture fait écho à la planéité du sol.
La volumétrie de l’architecture fait écho à la planéité du sol.

La salle est, naturellement, parfaitement occultable. La mise en place d’une paroi acoustique très performante, positionnée sous le mur béton de l’enveloppe au nord, permet de changer aisément sa typologie, et sa volumétrie légèrement asymétrique lui confère une ampleur accrue qui autorise l’augmentation de la jauge pour les spectacles sans gradins.

Le soin qui a été apporté à l’acoustique de la salle génère le parti esthétique. L’éclairage a également fait l’objet d’une attention spécifique afin que les lustres répondent à la double fonction. La paroi de fond de scène, conçue comme un « mur habité », reçoit divers types de percements, facilitant l’accès aux locaux de rangement. 

L’arrière-scène donne un accès spécifique aux artistes et aux techniciens, qui y trouvent un quai protégé des intempéries, les coulisses et tous les dispositifs propres au bon fonctionnement d’un équipement de ce type de salle de spectacle. Un petit escalier hélicoïdal en béton coulé en place conduit aux loges qui profitent, à l’étage, d’une terrasse ouverte sur l’extérieur. Les techniciens empruntent le même escalier pour gagner la passerelle qui rejoint la régie et le foyer, prolongé par un confortable espace de circulation, qui conduit à une loggia avec vue sur la salle en contrebas.

La toiture est végétalisée pour parfaire l’isolation thermique et donner au complexe de toiture une inertie thermique vecteur de confort d’usage en assurant un gain de consommation énergétique. À l’intérieur, le béton laissé brut minimise le second œuvre. Du restaurant aux loges, son épiderme donne le ton et contribue à l’ambiance qui règne dans les différents espaces. 

La salle polyvalente du rez-dechaussée  profite aussi de la transparence sur l’extérieur.
La salle polyvalente du rez-dechaussée profite aussi de la transparence sur l’extérieur.

Reportage photos : Arthur PÉQUIN

Maître d’ouvrage : Ville de Chasseneuil-du-Poitou – Maître d’œuvre : atelier d’architecture King Kong ; Jean-Christophe Masnada, chargé d’affaire ; Étienne Henry, chef de projet – Paysagiste : A+R Salles – Scénographe : Ducks Scéno – Bureau d’études structure : Khephren Ingénierie – Bureau d’études fluides et HQE® : LBE Fluides – Acousticien : idB AcoustiqueEntreprise gros œuvre : Boutillet – Préfabricant : Soriba – Surface : 1 381 m2 SHON – Coût : 3,64 M€ HT – Programme : salle de 400 places assises et 600 places debout, accueil, loges, locaux techniques, bureaux, rangement et local traiteur.



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