Façades sud et ouest. Très peu ouvert sur l’extérieur, l’édifice 
se présente comme un ensemble de volumes imbriqués de béton blanc.

C’est en 2009 que Jean-Pierre Pranlas-Descours informe l’architecte Alvaro Siza de l’intention du diocèse de Rennes de lui confier la construction d’une église à Saint-Jacques-de-la-Lande, une petite commune limitrophe de la métropole bretonne. En tant qu’architecte coordonnateurr de la Zac de La Morinais (de 1992 à 2012) dans laquelle se trouve le terrain cédé au diocèse, Jean-Pierre Pranlas-Descours avait proposé plusieurs architectes.

« Alvaro Siza, avec qui j’avais déjà mis en œuvre un projet urbain et des logements à Montreuil, a tout de suite intéressé les représentants de l’association diocésaine qui connaissaient son église Santa-Maria à Marco de Canaveses près de Porto »

Le contexte de la commande

En phase avec l’esprit de Vatican II, ce futur lieu de culte, créateur de lien social, se devait d’être également un édifice modulable, ouvert sur la vie du quartier. Neuf ans plus tard, après six ans d’études et trois ans de chantier, la première église bretonne construite au xxie siècle est consacrée. Son architecture de béton blanc crée un repère décisif dans la ville. Associé très étroitement à Alvaro Siza, Jean-Pierre Pranlas-Descours a suivi jusqu’à son terme la réalisation de ce projet pour lequel le maître portugais a fourni près de 120 plans de détails. Pour ce dernier, chaque détail renvoie à la totalité de l’espace. Tout est dessiné, jusqu’à la prise de courant et aux interrupteurs, en passant par la totalité du mobilier, réalisé en bois de chêne au Portugal, et les objets liturgiques comme les bénitiers et le font baptismal en marbre ou encore la grande croix en inox placée devant l’angle nord-est du bâtiment. 

À deux pas de la mairie et jouxtant les vestiges d’une chapelle du xviiie siècle, le site retenu est une petite parcelle contrainte de 400 m2. Il est compris entre un bassin d’eau qui le sépare de la rue du Haut-Bois, une voie départementale et des cheminements piétons. Autour, des immeubles de logement de cinq étages, des espaces verts et, un peu plus loin, des équipements caractérisent ce nouveau quartier devenu le cœur de Saint-Jacques-de-la-Lande.

Façade ouest d’entrée : l’espace public et le parvis de l’église se confondent.

Insertion dans le site et présence architecturale

Bâtiment isolé, ajusté sur les dimensions des édifices voisins, il entre en résonance avec son contexte. Le campanile – sorte de grand totem de béton blanc dans lequel sont suspendues les cloches –, placé à distance de l’entrée sur une parcelle distincte acquise pour cela, crée un effet de contrepoint et signale la nature du programme. Entre les deux, l’espace public se fond avec le parvis par un traitement du sol uniforme. 

Depuis l’extérieur, la singularité architecturale de l’édifice s’accorde à la modestie de sa taille. Il apparaît comme un monolithe de béton blanc de 12,4 m de hauteur, imbriquant un cube de 16 x 16 m avec un cylindre de 14,75 m de diamètre que les parois courbes de l’étage laissent deviner, révélant la répartition du programme : au-dessus du centre paroissial qui occupe les 248,3 m2 du rez-de-chaussée, l’église se déploie sur les 298,1 m2 de l’étage. À partir de ce noyau principal, du côté du levant, un volume demi-cylindrique en porte-à-faux au-dessus du rez-de-chaussée s’élève sur deux niveaux ; il contient l’abside de l’église ainsi mise en avant. 

À l’opposé, en façade ouest, s’avancent deux volumes rectangulaires de part et d’autre de l’entrée. L’angle sud s’interrompt au-dessus du sol, incisé d’une entaille triangulaire qui exprime une volée de l’escalier qu’il contient. Des couvertines en marbre marquent discrètement le haut des murs intermédiaires et des terrassons, du zinc étant réservé à la toiture.

Le panneau carré surplombe la partie centrale de l’église. Il diffuse la lumière zénithale de la verrière située au-dessus.

L’intérieur et l’espace de l’église

Au rez-de-chaussée, le centre paroissial réunit l’accueil, une grande salle modulable, ouverte à l’est sur un espace vert public par de larges baies vitrées, des bureaux, une cuisine et les commodités associées. La délimitation des différents espaces s’accommode d’une fluidité de circulation. À ce niveau, le marbre qui recouvre le sol remonte sur les murs sur une hauteur de 1,50 m. Par endroits, une fine gorge à l’angle du mur et du plafond laisse deviner le système de chauffage.

Un sous-sol partiel de 129,4 m2 accueille les locaux techniques et de stockage. Face à l’entrée, l’escalier principal rejoint le premier étage de l’église dont le plan, avec sa nef circulaire et son abside en demi-cercle orientée vers le levant, semble inspiré de la chapelle du Saint-Sépulcre de Jérusalem, comme l’a fait remarquer l’association diocésaine. Contrairement au premier niveau, celui du culte se concentre sur l’intérieur. Même les sources lumineuses évitent l’introduction de l’extérieur, pas même le ciel, dans cet espace intime.

La courbe de l’église est marquée en hauteur par une poutre en béton suspendue qui assure le report des charges sur les descentes verticales.

Lumière diffuse et intériorité

Par l’harmonie subtile de leurs nuances de blanc, le sol en marbre, les voiles de béton courbes recouverts de staff jusqu’à 1,50 m et d’un complexe acoustique en partie haute, ainsi que le plafond suspendu carré suscitent des effets de lumière uniques dans cette église dénuée de vitraux. « C’est une lumière qui se révèle sans que l’on n’en identifie la source.

La perception est celle d’un espace intimiste où la lumière est présente un peu partout »

précise Jean-Pierre Pranlas-Descours. 

Suspendue dans l’espace cylindrique de l’église, donc, cette plate-forme carrée surplombe l’assemblée et en reprend l’orientation, face à l’autel placé à l’angle nord-est, légèrement décalé par rapport à l’abside. Elle a une fonction acoustique et diffuse la lumière naturelle, émanant de la verrière zénithale placée au-dessus, autant qu’artificielle. Elle occulte les équipements d’éclairage et de ventilation. Au sud et au nord, deux chapelles latérales vouées au baptistère et à la croix profitent de manière indirecte de deux autres puits de lumière. 

Enfin, des fenêtres verticales disposées de manière à ne laisser qu’entrevoir le dehors ramènent le regard contre les parois extérieures. L’éclairage de l’église se répand ainsi par réflexion sur le plafond, les parois cylindriques, les murs et même le mobilier. L’abside semi-circulaire qui accueille le tabernacle et une sculpture de la Vierge est la moins éclairée. Un socle en bois réunit l’abside, les chapelles, l’autel et l’ambon. 

Accessible par un escalier fermé, dans la continuité de la circulation verticale secondaire qui comprend l’ascenseur, la petite sacristie occupe le dernier étage. 

La hauteur de l’église s’accorde à celle des bâtiments alentour.

Le rôle du béton blanc et son harmonie avec le marbre

L’église est bâtie avec des murs porteurs en béton blanc, thermiquement isolés à l’intérieur. Malgré sa division horizontale, Alvaro Siza souhaitait que l’édifice soit lu comme un objet dans son unicité. 

Les voiles de 12,40 m de hauteur ont donc été coulés en place verticalement en une seule passe et d’un seul tenant avec des joints de reprise verticaux et des banches étroites de 1,50 m par 3 m où se dessine la stéréotomie des coffrages. Pour l’entreprise Léon Grosse, couler en place une toiture en béton armé de 15 m de portée intégrant une verrière était un véritable défi, au même titre que la réalisation de ces voiles de grande hauteur en béton blanc architectonique autoplaçant (12,5 m et 7,5 m en courbe et porte-à-faux). Tous les murs sont des poutres-voiles y compris l’escalier principal. Dans l’église, une grande poutre courbe suspendue délimite l’espace circulaire et dévie les efforts. 

D’apparence simple, le schéma structurel est en réalité complexe. Le renvoi des forces structurelles très important disparaît dans la masse, introduisant une ambiguïté avec ce qui est visible.

Le demi-cylindre de l’abside émerge en porte-à-faux de la façade est.

Reportage photos : Joao Morgado et Ana Amad

Maître d’ouvrage : diocèse de Rennes – Maître d’œuvre : Alvaro Siza, architecte ; Rita Amaral, architecte assistante ; Jean-Pierre Pranlas-Descours, architecte associé ; Louise de Chatellus, architecte assistante, phase conception ; Delphine Bresson, architecte assistante, phase réalisation – BET structure : EVP – BET acoustique : Vivié et associés – Entreprise gros œuvre : Léon Grosse – Surface : 434 m2 SP – Coût : 2,15 M€ HT – Programme : église d’une capacité de 136 places et centre paroissial.



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