Au nord, la nouvelle entrée, facilement repérable et à l’échelle de la dimension internationale de l’IEP.

Situé à l’écart de la ville, le campus de Grenoble s’est installé, depuis le début des années 1960, sur un terrain boisé avec, en fond de scène, les montagnes. C’est dans cet environnement privilégié que les premiers bâtiments universitaires ont vu le jour, dont certains ont été labellisés patrimoine du xxe siècle pour leurs qualités architecturales et notamment pour leur utilisation du béton, à l’instar de la bibliothèque des sciences ou de l’amphithéâtre Louis Weil. Voisin direct de ces constructions remarquables, l’Institut d’études politiques (IEP), construit en 1965 et autrement nommé Sciences Po, présentait un design moins exceptionnel et était marqué par les stigmates du temps. 

Par leur rythme et le béton brut de décoffrage, les façades de l’extension perpétuent l’esprit du bâtiment d’origine.

Une extension restructurante

Ne répondant plus à aucune norme, il devait être réhabilité et surtout être agrémenté d’une extension afin de pallier les manques du programme initial. Situé à la croisée de deux grands axes et à proximité immédiate de la station de tram desservant le campus, il bénéficiait d’une place stratégique. Il fallait lui redonner un statut et une vraie présence. Les architectes ont pris le parti de se servir du rythme de la structure existante, des poteaux/poutres, des claustras et des pare-soleils en béton brut pour concevoir une extension qui a la particularité de se fondre littéralement avec la construction initiale, de la faire revivre, de lui donner une nouvelle jeunesse et une belle prestance architecturale. À tel point qu’il s’avère quasi impossible de différencier aujourd’hui l’ancien bâtiment du nouveau.

À l’extrémité sud de la rue intérieure, l’entrée réservée au Pacte affiche l’importance de ce secteur de recherches.
Grâce à une réhabilitation soignée, les façades datant des années 1960 semblent neuves et inchangées.

Une réhabilitation soignée

En termes de programme, l’IEP ne disposait pas de locaux dédiés à l’unité de re-cherches, le Pacte, une entité administrative indépendante. Le bâtiment d’origine souffrait également d’un manque cruel d’espaces d’échanges permettant de se croiser, de se retrouver, et d’une « vraie » entrée. 

L’extension et la restructuration des locaux existants résolvent ces problèmes de sur-face disponible et d’organisation. La construction ajoutée, en forme de L, vient littéralement se coller à l’ancienne. La jonction se fait par une rue intérieure, sur deux ni-veaux, qui s’étend le long du bâtiment existant, côté est. Ce nouvel axe offre des espaces de convivialité et une articulation des différents services. Il permet également de mieux se repérer spatialement et de créer deux entrées à chacune de ses extrémités, dont l’une offre au Pacte un accès propre. Les circulations sont désormais fluides et les différents départements facilement repérables. L’ajout de la rue intérieure, en double hauteur, a transformé l’échelle du lieu, lequel semble plus ouvert et baigné de lumière. Si le béton n’est pas l’unique matériau utilisé pour réaliser l’IEP, extension comprise, il n’en demeure pas moins le plus marquant. Matériau de référence pour l’atelier Chapuis-Royer, il avait ici d’autant plus sa place que le projet était entouré de constructions remarquables en béton brut. Il permettait, en outre, de réaliser une ex-tension s’harmonisant avec la construction existante dont la réhabilitation des façades a représenté une étape importante de la réalisation.

La rugosité du béton brut fait particulièrement écho à la roche des montagnes voisines.

Les architectes se sont lancé un défi, celui de marier différentes techniques de béton et de revêtement de manière à homogénéiser l’ensemble du bâtiment, construction d’origine et extension, et d’en offrir une lecture globale.
 
Le choix originel du maître d’ouvrage était de mettre un enduit sur les façades abîmées, présentant des aciers à l’air libre et littéralement envahies par la vigne vierge incrustée dans les parois. Les architectes en ont décidé autrement. Ils ont tout fait pour retrouver leur état d’origine, et cela notamment grâce au savoir-faire d’une entreprise qui a su trouver le process adéquat permettant au béton de faire peau neuve, grâce à un nettoyage minutieux des surfaces, au découpage des zones à traiter, au traitement des aciers et à la reconstitution des surfaces ragréées avec un enduit minéral ultra fin de la même teinte grise que le béton utilisé pour réaliser l’extension.

Façade réhabilitée et façade nouvelle forment un tout plus qu’homogène.

Un béton nouveau qui se montre

Et c’est dans ce même esprit de collaboration étroite avec l’entreprise chargée du gros œuvre qu’une très belle qualité de finition des ouvrages en béton brut a été obtenue lors de la réalisation de l’extension. Si plusieurs essais ont été nécessaires pour y arriver, la mise en œuvre a été à ce point soignée que certaines surfaces de béton, qui auraient dû être recouvertes, sont finalement restées apparentes en cours de chantier, à l’instar du plafond de la rue intérieure et de la plupart des parois.

En termes de mise en œuvre, tous les bétons ont été coulés en place, y compris les escaliers extérieurs et intérieurs. Et pour réussir pleinement la symbiose entre ancien et nouveau, deux types de coffrage ont été utilisés. Le premier, en métal, a servi à la réalisation des soubassements et des acrotères dans un béton brut lisse, quasi identique au béton réhabilité des poteaux/poutres d’origine. Le second, en bois, constitué d’une matrice en planchettes brossées pour faire ressortir les veines du bois, rappelle les claustras existants qui agrémentent la façade ouest. Si l’extension, par la restructuration complète de l’organisation des fonctions, a profondément modifié la qualité des espaces, l’homogénéité des surfaces de béton apparent, à l’extérieur comme à l’intérieur, a généré un dialogue permanent entre le dehors et le dedans, entre l’ancien et le nouveau qui ne font plus qu’un. 

Des bétons bruts de décoffrage d’une telle qualité qu’ils sont restés apparents.
La rue intérieure fait le lien entre partie ancienne (à gauche) et extension (à droite).
Nouvel axe majeur en double hauteur, la rue intérieure relie et restructure l’ensemble des départements.

La pérennité au cœur du projet

L’une des priorités du projet étant de réhabiliter, de remettre aux normes et de maîtriser les dépenses énergétiques du bâtiment existant, la moitié du budget était alloué à cet objectif, incluant l’isolation et la réfection des toitures, ainsi que le remplacement des ouvertures par des fenêtres et portes-fenêtres isolantes, y compris protections solaires et volets roulants. Le but recherché, plus que l’obtention éventuelle d’un label, était, là encore, d’harmoniser extension et parties anciennes, en termes de qualité et de performance thermique afin que celle-ci soit conforme à la RT 2012 pour l’ensemble. Dans cet esprit, la vieille chaudière au fuel a été avantageusement rem-placée par une liaison au réseau de chauffage urbain.

 

L’attention la plus remarquable, en termes de Développement Durable, concerne le choix des matériaux. En effet, si l’idée générale était d’utiliser des matières brutes et vivantes pour obtenir un ensemble architectural cohérent et sensible, le choix du béton, confirmé pour sa pérennité, témoigne d’un réel souci de durabilité, d’entretien facilité et de vision à long terme. Cette préoccupation se traduit également par les autres matériaux mis en œuvre, tel l’acier Corten qui vient habiller les parties de façade isolées par l’extérieur et dont les tons dénuancés de roux forment un duo particulièrement réussi avec le béton, trait d’union atemporel de l’actuel Institut d’études politiques qui impose avec élégance sa nouvelle silhouette au cœur du campus.

 

Fiche technique

Reportage photos : Luc Boegly

  • Maître d’ouvrage : Grenoble Alpes Métropole
  • Maître d’œuvre : Chapuis-Royer Architectures
  • BET structure/économie : Betrec
  • BET fluides /QEB : Adret
  • Entreprise gros œuvre : SDE
  • Surface : 9 065 m2 SU, dont 1 890 m2 d’extension et 7 175 m2 de réhabilitation
  • Coût : 6,68 M€ HT
  • Programme : 2 nouvelles entrées, amphithéâtre de 120 places, 4 salles de cours, ca-fétéria et espaces de rencontre, extension du pôle de recherches (bureaux, salles de réunion et de conférence).

Localiser la réalisation



0 commentaires
Voir aussi
  • 12/04/2019
    Ile-de-France
    Pérennité et durabilité
 au programme du collège
    Le collège Camille du Gast est fondé sur des pieux géothermiques qui permettent une économie de dépense de chauffage de 60 à 70 %. Installé à proximité de la gare SNCF d’Achères, le collège Camille du Gast participe de la constitution d’un nouveau quartier combinant logements collectifs, zone d’activité et équipements publics.
  • 01/06/2016
    REVUE
    Construction Moderne n°148
    L’enveloppe, par son dessin, par l’aspect de sa surface, de son apparence..., est le support d’expressions multiples qui caractérisent une architecture.