OCTOBRE 2026 -
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Galerie de la cathédrale Saint-Maurice

Depuis avril 2026, le portail médiéval de la façade ouest est protégé par une galerie contemporaine conçue par Kengo Kuma & Associates.

Galerie de la cathédrale Saint-Maurice
Galerie de la cathédrale Saint-Maurice

Depuis deux siècles, le portail de la cathédrale Saint-Maurice (1150) à statues-colonnes polychromées –un Christ en majesté et les Vieillards de l’Apocalypse, tous teintés de couleurs et de matériaux précieux – était livré aux intempéries, la galerie historique qui le protégeait depuis le XIIIe siècle ayant été détruite en 1807. Après de longues recherches, l’expertise scientifique réunie autour des services de l’État, propriétaire de la cathédrale, décide de le restaurer et de le protéger, en même temps que les vestiges archéologiques (tombes médiévale et moderne, restes de la galerie médiévale) découverts après les campagnes de fouilles. « Les éléments dont nous disposions n’apportaient pas assez d’informations pour recréer une galerie à l’identique », explique Valérie Gaudard, conservatrice régionale des Monuments historiques. « C’est pourquoi nous avons lancé une consultation portant sur la réalisation d’un ouvrage de protection dans l’esprit de l’ancienne structure mais dans un langage contemporain. Un ouvrage qui devait en outre être autoportant, libérer le vitrail du registre supérieur, participer à la liturgie et engendrer une aménité à l’échelle du quartier. »

Plan masse
Plan masse

Comprendre la commande

Lauréate du concours en 2020, l’agence d’architecture Kengo Kuma & Associates a fait évoluer l’ouvrage de protection vers un espace de galerie, à l’instar de ce qui existait autrefois. Au Moyen Âge, ce type d’espace avait de multiples usages : lieu de réunion, vénération de reliques ou d’images saintes, accueil des pèlerins, des pénitents ou des nouveaux baptisés, vente d’objets religieux. L’équipe de maîtrise d’œuvre n’a rien laissé au hasard : 

archives archéologiques, données géographiques, topographiques, historiques, géologiques, architecture sacrée, géométrie symbolique, liturgie, analyse du tissu médiéval, matérialités…, explique la directrice de projet, l’architecte Élise Fauquembergue. Tout ici fait sens et l’architecte japonais connu pour son attention à « l’esprit du lieu » semble ici se lancer dans une forme de conversation avec le temps.

À l’échelle de la ville, la cathédrale se perçoit comme un repère posé sur un promontoire de schiste. Depuis les quais de la Maine, en contrebas, elle est mise en scène par une grande avenue rectiligne tandis que les abords du chevet s’inscrivent dans un tissu médiéval sinueux et resserré que la mairie d’Angers a réaménagé en pavant et végétalisant le parvis, la place attenante et les rues adjacentes.

Par ses dimensions, d’un volume équivalent à celui d’un petit immeuble de deux étages, la galerie s’adapte à l’échelle monumentale de la cathédrale. Son gabarit répond à la nécessité de protéger le portail sculpté tout en composant une extension proportionnée à l’édifice. Plus petite, elle aurait créé une rupture avec les grandes portes et les baies de la cathédrale, plus importante, elle serait entrée en concurrence avec l’architecture existante. 

Symbolique du passage

Pour conforter le lien entre patrimoine et vocabulaire contemporain, l’agence japonaise s’est associée à l’architecte en chef des Monuments historiques Vincent Brunelle, qui a contribué « à formuler une hypothèse de composition et de proportions dans le respect des éléments patrimoniaux existants. » Soucieux de réaliser un édifice accueillant et lumineux, les architectes ouvrent la galerie sur toutes les séquences d’approche : trois portes frontales, qui évoquent la Sainte Trinité, et deux latérales. Pour le dessin, ils ont longuement étudié la symbolique des tracés régulateurs. « En plan comme en élévation, deux figures sont omniprésentes : le cercle, symbole de Dieu, et le carré, symbole de la terre, de la demeure, l’assemblage des deux formes figurant la présence de Dieu dans la demeure », précise Élise Fauquembergue. « La galerie reprend ces deux formes géométriques : l’idée de porte est recomposée au compas, si bien que les baies de la galerie s’inscrivent dans le nombre d’or de la composition initiale. Nous avons cherché à incarner la symbolique du passage entre le profane et le sacré pour accompagner la liturgie. Kengo Kuma étant d’une culture très différente, nous souhaitions trouver une proposition universelle. Dans l’histoire de l’humanité et de la construction, partout dans le monde, la transition entre le monde terrestre et l’univers céleste est incarnée par une figure de porte.

Coupe est-ouest
Coupe est-ouest

Lors d’une visite à l’abbaye royale de Fontevraud, notre attention a été attirée par la modénature des arcs en plein cintre surlignée par des bandeaux nus qui vibrent selon les jeux d’ombre et de lumière. Nous y avons vu une esthétique intéressante pour formaliser une architecture vibratoire suffisamment sobre pour ne pas entrer en concurrence avec le portail sculpté. » Chaque arche de la galerie est donc « épaissie » par treize voussures – référence à l’Apocalypse – traitées en bandeaux nus qui font écho aux drapés des statues-colonnes. Ce parti, aussi sobre qu’élégant, donne une profondeur à chaque baie, formalisant la notion de passage. Passage du monde terrestre à la cité céleste, du profane au divin, de l’agitation extérieure au recueillement intime. La galerie devient ainsi un espace liturgique intermédiaire entre l’espace public et l’intériorité silencieuse de la nef. 

Depuis la percée monumentale que constitue la montée Saint-Maurice, l’ouvrage s’inscrit en avant-corps et se dévoile de haut en bas, à mesure que l’on progresse dans les emmarchements.
Depuis la percée monumentale que constitue la montée Saint-Maurice, l’ouvrage s’inscrit en avant-corps et se dévoile de haut en bas, à mesure que l’on progresse dans les emmarchements.

Un béton façon terrazzo

Le sentiment d’harmonie générale repose également sur l’unité chromatique et la matérialité. La finesse et l’élancement de l’ouvrage ont conduit à utiliser du béton plutôt que de la pierre. « Plus pérenne sur le long terme que le calcaire ou le tuffeau », explique Pierre Le Bihan, responsable du site Jousselin Préfabrication, « le béton présentait également l’intérêt de limiter l’impact des fondations sur les vestiges archéologiques. »

C’est à l’issue d’une longue série de formulations et de traitements réalisés par l’entreprise que la formulation finale a été validée. « Nous avons sélectionné un béton fibré à  ultra hautes performances pour les poutres et les dalles structurelles de la couverture ; pour les 660 pièces de la structure (voiles porteurs, archivoltes et tympans), nous avons opté pour un ciment réputé pour sa blancheur et sa luminance, le CEM II/A 52.5 blanc, auquel nous avons ajouté du sable et des granulats issus de la Loire. » 

Confié à l’entreprise Albizzati, le gros œuvre a débuté au printemps 2025. Sans appui sur la cathédrale, la galerie autoportante repose sur huit micropieux, nombre strictement limité pour épargner les vestiges archéologiques. Reliés par des longrines, ils forment la nappe horizontale sur laquelle sont posés des voiles porteurs préfabriqués, acheminés par camion et assemblés sur le chantier. 

La galerie a été montée de bas en haut, par empilement de modules préfabriqués en béton, à commencer par les voiles porteurs autoportants.
La galerie a été montée de bas en haut, par empilement de modules préfabriqués en béton, à commencer par les voiles porteurs autoportants.

L’harmonie des temps

La réalisation de l’ouvrage adopte une cinématique logique : pose des voiles porteurs, pose des archivoltes sur un étaiement constitué de cintres en bois comme les bâtisseurs de cathédrales au Moyen Âge, mise en place des écoinçons, pose des dalles de toiture.

Pour Mathieu Courbot, conducteur de travaux chez Albizzati, les deux défis techniques majeurs furent de conserver l’épure minimaliste du dessin architectural sans toucher les éléments patrimoniaux. 

Concevoir un ouvrage protecteur sous la forme d’une galerie, c’était créer un espace liturgique intermédiaire entre la place urbaine et la nef. C’était trouver l’équilibre entre accueil et protection, ouverture et intimité, solidité et discrétion, profane et sacré. Parfaitement adapté à la singularité du lieu, l’ouvrage contemporain souligne avec une immense délicatesse les éléments médiévaux qu’il met en valeur. 

Depuis le parvis, les ouvertures, au nombre de cinq, laissent voir le portail polychrome restauré.
Depuis le parvis, les ouvertures, au nombre de cinq, laissent voir le portail polychrome restauré.

Localiser la réalisation

Reportage photo : © Paul Hamelin

Fiche technique

- Maître d’ouvrage : DRAC des Pays de la Loire
- Maître d’œuvre : Kengo Kuma & Associates (architecte mandataire), Vincent Brunelle (ACMH) 
- BET : Betem Atlantique (TCE, économie et OPC)
- Conception lumière : 8’18’’
- Entreprises : Albizzati (fondations et gros œuvre), Jousselin Préfabrication (préfabrication)  : 2 260 m2 SDP + 1 000 m2 d’espaces extérieurs
- Surface : 147 m2
- Coût : 2,7 M€ HT.

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