Lorsqu’un chanteur rencontre un philosophe, que se passe-t-il ? Cette rencontre a eu lieu à Lormont (Gironde), commune d’environ 20 000 habitants, située sur la rive droite de la Gironde, juste en face de Bordeaux. La municipalité a en effet souhaité associer le nom de Georges Brassens (donné à un ancien gymnase) à celui du philosophe Albert Camus (appellation d’une ancienne salle des fêtes). Un hommage qui donne un double patronyme à une réalisation originale : le pôle Brassens-Camus, symbole de la résurrection du quartier Génicart, situé à l’est de l’agglomération.

Dévalorisé, enclavé, mal desservi, Génicart était un quartier dit « sensible » de quelque 7 000 habitants, jeunes, en majorité locataires, pour la plupart en difficulté d’emploi ou à petits revenus. Pour améliorer les conditions de vie et remettre à niveau l’environnement dégradé, la municipalité a lancé un vaste plan de réaménagement : réhabilitation ou construction de logements, embellissement des espaces extérieurs, amélioration de la circulation avec la création d’une nouvelle rue, construction de plusieurs équipements publics d’envergure… Point d’orgue de ce processus : l’édification du pôle Brassens-Camus, vaste polygone en béton (y compris les cheminements intérieurs), à la façade de bois et de verre.  

 Les nez de marche et les contremarches des escaliers sont en béton hydrosablé

Toit-jardin

Les travaux du nouveau complexe sont lancés en décembre 2013, tandis que les travaux de réhabilitation du quartier Génicart battent leur plein tout au long de l’année 2014. L’inauguration a eu lieu fin mai. Avec sa façade en continu (matérialisée par un mur-rideau en verre qui marque une ligne sur tout le bâtiment et ouverte sur une plaine de jeux), son toit-jardin en belvédère (1 000 m2 de toitures végétalisées) et son architecture résolument contemporaine, il donne le ton à l’ensemble de l’opération de réhabilitation urbaine. Accessible, créateur de lien social, le pôle Brassens-Camus se veut un équipement sportif et culturel résolument moderne, capable de répondre aux besoins d’une vie sociale et associative dynamique. Il accueille un gymnase homologué pour le handball et le basket (200 places), une salle associative (350 personnes), le service Jeunesse de la municipalité (avec un bureau d’information et un espace numérique en libre accès), le centre social du quartier, le tout implanté dans un vaste lieu public aménagé en espace de détente et en aire de jeux pour enfants.

« C’est toute l’originalité de la démarche, expliquait à l’époque Jean Touzeau, le maire de Lormont. Plutôt que de reconstruire le gymnase Brassens, la salle des fêtes Camus et un centre social, nous avons coproduit un seul équipement. Cette mutualisation permet de dégager des économies d’investissement pour le fonctionnement, grâce au partage du personnel d’accueil et de gardiennage, par exemple. »

le béton désactivé (à droite du gros plan) intègre deux granulats : un 10/14C Gris des Pyrénées et une diorite de Thiviers (Périgord

Bétons désactivés et bouchardés

Sous la maîtrise d’œuvre de l’agence Trouillot & Hermel Paysagistes, Sols-Aquitaine, basée à Bordeaux et filiale du groupe Sols, dont le siège est à Livron-sur-Drôme, a été chargée de la réalisation de l’ensemble du béton décoratif du projet.

« Nous avons aménagé des espaces distincts : à l’extérieur, deux parvis, des allées, des gradins devant une scène de hip-hop, des escaliers et des pas-d’âne, ainsi qu’une coursive à l’intérieur du bâtiment, explicite Éric Salle, conducteur des travaux chez Sols-Aquitaine. Pour cela, nous avons utilisé principalement une même formule constituée de deux agrégats de couleur différente, que nous avons déclinée en trois finitions : à l’extérieur, les parvis, allées et pas-d’âne sont désactivés ; les nez de marche et les contremarches des escaliers sont hydrosablés ; et l’intérieur de la coursive est bouchardé. Pour donner du rythme à ces espaces, des bandes structurantes de 10 cm, en béton gris, lient l’intérieur à l’extérieur. Elles permettent d’amener “l'œil“ du parvis aux allées et jusqu’au skatepark en béton noir taloché fin, en passant par la scène de hip-hop et les gradins en béton lisse.

 Pour les gradins, c’est le béton lisse qui a été choisi
 À l’extérieur, le béton désactivé valorise les parvis

Les parvis se situent sur deux niveaux et longent la façade du bâtiment. L’épaisseur du dallage est de 18 cm pour garantir un accès aux pompiers. Les allées PMR ont une épaisseur de 15 cm, tout comme les abords du skatepark, détaille le conducteur des travaux chez Sols-Aquitaine. Nous avons également réalisé les dalles devant des bancs en béton gris avec une finition peluchée. Pour ce qui est de la scène de hip-hop et de ses gradins, nous avons travaillé sur un béton lisse, comme pour le skatepark. Quant à la coursive, c’est un prolongement du parvis qui rentre dans le bâtiment. »

 

 Réalisé en béton désactivé, le cheminement en pas-d’âne qui mène à l’entrée du pôle Brassens-Camus.

« Le chantier a commencé en octobre 2013, mais nos interventions en béton décoratif se sont concentrées dans les quelques mois qui ont précédé la fin du chantier en mai 2016, note de son côté Dominique Noraz, chef de l’agence Sols-Aquitaine. Pour les finitions désactivées, hydrosablées et bouchardées, nous avons utilisé une formule de type C25/30 XF2 S3, avec un mélange de deux agrégats (50 % chacun) possédant la même granulométrie : le premier est un caillou à dominante gris bleuté (10/14C Gris des Pyrénées) et le second, plutôt vert, est une diorite de Thiviers (Périgord). Le ciment est celui de Lafarge Ciment, produit sur le site de La Couronne. Il est de type CEMIIA-LL 42,5R CP2. Cette formule a été fabriquée par Lafarge Béton à Lormont (soit à 3 km du chantier). En ce qui concerne les formules pour les bétons lisses, nous avons utilisé un béton normé de type C25/30 avec un dosage réel de ciment à 350 kg. Au total, nous avons mis en œuvre environ 500 m3 de béton décoratif : cela représente plus de 3 000 m2 d’aménagements sur un site qui est relativement contraint en termes de surface totale au sol, vu les équipements proposés, mais qui donne paradoxalement une réelle sensation d’espace… »

 La coursive en béton bouchardé prolonge le parvis à l’intérieur du bâtiment.

Météo défavorable

« La principale difficulté de ce chantier résidait dans l’implantation minutieuse de chaque secteur (parvis, allées, gradins, skatepark), étant donné le profil du projet, qui présente d’importants écarts d’altimétrie. Il a fallu raccorder un bâtiment neuf à des trottoirs extérieurs au projet et préexistants, en respectant les

contraintes techniques de hauteur de marche pour un escalier et les pourcentages de pente adéquats pour les allées PMR », fait remarquer Éric Salle. Autre impondérable : la météo. « Elle a été défavorable, ce qui a généré beaucoup de retard ! » Enfin, l’ouverture au public de certaines zones du chantier, dès avant son achèvement, a compliqué le travail des équipes de Sols-Aquitaine, composées de cinq coéquipiers pour les bétons à plat et de deux, pour les escaliers et les gradins. « Tous les coulages ont été faits au dumper et directement par camion », précise encore le conducteur des travaux. Il en résulte, malgré les aléas, une superbe réalisation qui fait, à juste titre, la fierté des habitants du quartier Génicart. Une rénovation urbaine réussie, qui doit beaucoup au béton

Vue depuis le pôle Brassens-Camus : une vaste « plaine de jeux » arborée s’ouvre sur le quartier Génicart, récemment réhabilité.

Maîtrise d’ouvrage : Mairie de Lormont - Maîtrise d’œuvre (espaces extérieurs) : Agence Trouillot & Hermel  Paysagistes (architecte mandataire pour le bâtiment : Agence François Guibert Architectes) - Entreprises mandataires : Antoine Espaces verts (lot “Espaces verts“), LFTP (lot “VRD“) - Mise en œuvre du béton décoratif : Sols-Aquitaine - Fournisseur du béton
Lafarge Béton - Fournisseur du ciment Lafarge Ciment (La Couronne)



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