SEPTEMBRE 2026 -
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Campus six-degrés : un pôle tertiaire ministériel

Avec ses façades de béton teinté, l’éco-campus Six-degrés réussit à requalifier et à donner une vraie cohérence à un univers urbain qui en manquait cruellement.

Un ensemble fragmenté en trois lignes bâties séparées par trois vallées plantées qui redonnent de la cohérence à un univers urbain hétéroclite.
Un ensemble fragmenté en trois lignes bâties séparées par trois vallées plantées qui redonnent de la cohérence à un univers urbain hétéroclite.

Occupant à Gentilly un terrain situé sur le flanc sud de la vallée de la Bièvre, cet ensemble immobilier doit son nom au degré de la pente qui l’accueille. La sobriété de son architecture masque une situation complexe et démontre que la ténacité, l’engagement et le travail collaboratif peuvent aboutir à une réalisation dont les plus grandes qualités relèvent de l’intégration, à commencer par celle de son environnement. L’aventure a démarré en 2013 lorsque le maître d’ouvrage acquiert la parcelle alors occupée par l’entreprise Sanofi. L’îlot fonctionne comme une entité autonome sans lien avec le quartier. L’idée ? Créer un campus de bureaux de 45 000 m2, finalement réduit à 39 000 m2, qui offre un univers de travail agréable et s’intègre parfaitement au site tout en visant une haute qualité environnementale. 

Des études préalables sont lancées impliquant notamment Sciences Po Urba et la ville de Gentilly, le but étant de reconnecter la parcelle aux quartiers alentour et d’obtenir l’aval des riverains. 

Une décomposition du bâti en plots décalés et différenciés qui s’inscrivent dans la pente et s’adaptent à l’échelle des bâtiments voisins.
Une décomposition du bâti en plots décalés et différenciés qui s’inscrivent dans la pente et s’adaptent à l’échelle des bâtiments voisins.

Une partition rationnelle

Ce principe d’échanges et de concertations va fonctionner comme un fil rouge tout au long de l’élaboration et de la réalisation du projet. Un concours est lancé en 2016, remporté par deux agences associées, Hardel Le Bihan Architectes et Alain Barthe Architecture. La force de la proposition repose sur une analyse poussée du terrain et du contexte urbain. Mise en parallèle avec celle du programme, elle aboutit à un projet qui s’accorde avec un environnement hétéroclite où se côtoient maisons individuelles et habitat collectif. La solution trouvée ? Jouer avec la topographie et avec l’échelle pour proposer une composition fondée sur la segmentation. Il en résulte trois lignes bâties ancrées le long de la pente et séparées par trois coulées vertes. Quatre bâtiments ponts viennent enjamber ces vallées plantées pour relier les trois lignes construites et former un maillage qui exploite pleinement la surface de la parcelle tout en préservant de longs sillages végétalisés. 

L’astuce pour modifier la perception d’ensemble et éviter l’impression de grande masse imposante ? Utiliser la fragmentation géométrique. Chaque ligne bâtie se compose de cinq volumes juxtaposés de dimensions et de hauteurs variables. Légèrement décalés d’une ou deux largeurs de trame, soit 1,35 m ou 2,70 m, leur façade ne dépasse jamais plus de 20 m de longueur. Ce jeu sur la trame se retrouve dans la définition de deux types de modénature, étroite ou large. Déployées en façade et utilisées en alternance, elles permettent d’accentuer la différenciation entre plots mitoyens. L’effet est renforcé par l’utilisation d’une palette de treize teintes qui achève le processus d’individualisation de chaque volume. Ce travail de colorimétrie part d’une analyse des couleurs présentes dans l’environnement proche, dont un ton terre cuite qui fait écho aux façades en brique de la cité voisine nommée Reine-Blanche. La bonne surprise en début de chantier : la plupart des teintes mises en œuvre ont été retrouvées dans les terres d’excavation. 

L’une des vallées plantées, qui permettent d’introduire lumière et nature tout en favorisant la fluidité des circulations extérieures entre bâtiments.
L’une des vallées plantées, qui permettent d’introduire lumière et nature tout en favorisant la fluidité des circulations extérieures entre bâtiments.

Une fluidité des parcours

Au défi généré par les caractéristiques du site s’ajoutait celui du programme, non moins complexe. En effet, le campus devait pouvoir accueillir de un à trente preneurs donc être très facilement divisible. S’est ajoutée en cours de parcours l’arrivée de la ligne 14 du métro qui a bousculé l’organisation prévue initialement. Pour simplifier les flux, le projet ne comptait au départ qu’une seule entrée au rez-de-chaussée. La proximité de la nouvelle station a changé la donne et a conduit à la création d’une entrée secondaire en partie haute, au niveau R+4. Située en bas de la pente et tournée vers le centre-ville de Gentilly, l’entrée principale dessert une immense agora qui traverse de part en part le rez-de-chaussée. En plan, sa position centrale lui permet de jouer pleinement son rôle d’élément fédérateur. 

Pour optimiser et fluidifier les circulations, ce vaste espace intègre des noyaux verticaux de distribution, judicieusement placés au cœur du projet pour en réduire le nombre tout en minimisant les trajets vers les plateaux de bureaux. Ce hall d’entrée permet également d’accéder en contrebas aux espaces communs du rez-de-jardin dont ceux du restaurant inter-entreprises (RIE). 

Coupe longitudinale
Coupe longitudinale

Au R+4, une seconde agora se déploie sur un volume bien moindre mais tout aussi stratégique. Occupant l’extrémité de la deuxième ligne bâtie, elle relie directement l’entrée haute, proche du métro, aux noyaux centraux de distribution verticale. Ces derniers desservent de grands plateaux divisibles qui ont pour particularités l’abondance de lumière naturelle et l’accès systématique à des espaces extérieurs végétalisés. À cet environnement de travail agréable s’ajoute la présence de vues plongeantes sur le paysage environnant, notamment depuis les bâtiments ponts, suffisamment larges pour servir de passerelles de liaison tout en intégrant des surfaces de bureaux.

Au final, le campus sera occupé par le ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, par les services de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ainsi qu’un ERP de gestion des centres de loisirs. Leur prise en main du campus s’accompagne d’un changement de destination de certains locaux communs qui démontre son adaptabilité. 

Le séquençage des teintes en façade différencie les plots tout en favorisant leur intégration dans le quartier. L’un des quatre bâtiments ponts qui enjambent les vallées plantées et relient les trois lignes bâties.
Le séquençage des teintes en façade différencie les plots tout en favorisant leur intégration dans le quartier. Ci-dessus, l’un des quatre bâtiments ponts qui enjambent les vallées plantées et relient les trois lignes bâties.

Une structure mixte

Si le principe de la division et de la multiplicité a permis une parfaite intégration des bâtiments dans leur environnement, il a également régi leur traduction matérielle en appliquant la logique du « bon matériau au bon endroit ». Le but ? Créer une structure intelligente fondée sur la mixité qui embrasse et exploite au plus juste le potentiel de chaque matière : béton, bois et acier. Il faut dire que la réalisation ne manque pas de défis techniques. À commencer par son ancrage dans le site, rendu possible grâce au béton et à la mise en œuvre de quasi toutes les techniques en matière d’infrastructure et de superstructure. 450 pieux de fondation, 4 km de tirants d’ancrage, parois moulées, parois parisiennes ou berlinoises, etc., permettent de « tenir la colline » et de garantir la stabilité de l’ouvrage. Du sous-sol au 3e étage, le béton règne en maître. Au 4e étage, lorsque les contraintes s’allègent, le bois prend le relais et compose l’essentiel de la structure préfabriquée, constituée de poteaux-poutres et de planchers en lamellé-collé. Quelques éléments de charpente métallique interviennent lorsque les efforts sont trop conséquents notamment pour soutenir les bâtiments ponts. 

L’alternance de deux trames en façade ajoute du rythme et du caractère à la rigueur géométrique des façades.
L’alternance de deux trames en façade ajoute du rythme et du caractère à la rigueur géométrique des façades.

Une sobriété raisonnée

Signature visuelle du campus et auto-portantes, les façades en béton préfabriquées et teintées dans la masse ont nécessité la production de plus de 300 échantillons afin d’obtenir les treize teintes et le fini souhaités. S’y est ajoutée la réalisation à l’échelle 1 d’un prototype en amont du chantier et ce afin de valider l’apparence et la mise en œuvre des 1 300 pièces qui composent l’ensemble de la vêture, connectées entre elles et à la structure par clavetage

Ce principe technique a permis de simplifier la réalisation et d’assouplir le planning de chantier en opérant par séquence. En effet, dès la structure et les planchers bois mis en place, pouvaient s’enchaîner la pose des éléments de façade puis celle des menuiseries. Cette rationalisation des méthodes de construction, privilégiant notamment les filières sèches, avait en outre l’avantage de satisfaire les ambitions environnementales du maître d’ouvrage qui souhaitait un chantier à faibles nuisances mais surtout un ensemble immobilier conçu pour limiter son empreinte carbone. 

La fragmentation des éléments bâtis a permis la création de multiples espaces extérieurs accessibles et végétalisés.
La fragmentation des éléments bâtis a permis la création de multiples espaces extérieurs accessibles et végétalisés.

En termes d’équipements intérieurs et de second œuvre, tous les choix vont dans le sens de la sobriété, que ce soit en matière d’énergie avec un raccordement au réseau de chaleur provenant à 80 % d’énergie renouvelable ou par l’introduction de certains matériaux issus du réemploi. Cette réalisation a obtenu pas moins de huit labels et certifications environnementales attestant de la pertinence des choix opérés et donnant du sens à son appellation. 

L’éco-campus démontre en prime que structure bois et vêture minérale en béton pérenne peuvent s’accorder parfaitement. 

 

Qualités environnementales : BBCA, NF bâtiment biosourcé niveau 2, BiodiverCity, Osmoz, E3 C2, RT 2012 - 40 %, HQE 2015 excellent, BREEAM excellent, WELL Silver. 

Localiser la réalisation

Reportage photo : © Schnepp Renou, © Alain Barthe, © Elise Robaglia

Fiche technique

- Maître d’ouvrage : Scor Investment Partners
- Maître d’ouvrage délégué : Theop
- Maître d’œuvre : Hardel Le Bihan Architectes (mandataire), Alain Barthe Architecture (associé) ; Calq Architecture (MOEX)
- BET : EVP (structure), Elioth (façades), Bâtir Conseil (environnement)
- Paysagiste : Niez Studio 
- Entreprise générale : Bouygues Bâtiment IDF
- Surface : 39 000 m2 SDP 
- Coût : 134 M€ HT 
- Programme : ministères des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ERP, parking.

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