la réplique s’intègre dans le paysage, comme une falaise reconstituée.

C’est là, à proximité du pont d’Arc, qu’en 1994, trois d’entre eux, Jean-Marie Chauvet, Éliette Brunel et Christian Hillaire, découvrent une grotte ornée qui recèle les plus anciens témoignages de l’art de l’humanité et va bouleverser l’histoire de l’art.
Doublement plus âgés que les peintures pariétales de Lascaux, le cerf mégacéros et son compère le rhinocéros laineux, ou les 425 autres figures animales qui ornent l’entrée de celle qu’on dénomme aujourd’hui «grotte Chauvet» n’avaient rien à leur envier. À tel point qu’ils ont totalement remis en cause la théorie en cours jusque-là selon laquelle l’art rupestre aurait connu son apogée en 17 000 avant J.-C. D’emblée décrétée trop fragile pour être ouverte au public, la valeur archéologique de cette découverte datant de l’Aurignacien a donné naissance à un projet artistique et scientifique d’une ampleur exceptionnelle : la Caverne du Pont-d’Arc.

Garants et dépositaires de ce patrimoine unique, l’État, le conseil régional de Rhône- Alpes et le conseil général de l’Ardèche se sont mobilisés pour conduire ce projet de restitution et d’interprétation, lançant une consultation en 2009.Le site choisi est à la hauteur de la grotte, 12 hectares recouverts de chênes verts, au Razal, sur les hauteurs de Vallon-Pont-d’Arc. Il offre à son extrémité sud des vues sur la vallée et les contreforts de l’Ardèche au même titre que la cavité d’origine.

l’écriture architecturale de la réplique réinterprète le relevé 3d de la caverne et sa triangu- lation.

Des concepteurs attentifs

L’agence d’architecture Fabre et Speller, associée avec l’Atelier 3A, lauréats du concours, ont considéré la qualité de ce paysage avec grand soin, cherchant à l’exprimer au travers d’un projet où Nature et Architecture s’accordent. Du pont sur l’Ibie, on n’aperçoit que les «falaises reconstituées» de la réplique, vaisseau amiral du projet. Il faut prendre de la hauteur pour découvrir la véritable empreinte, presque naturaliste, du projet dans le paysage. La Caverne du Pont-d’Arc n’est pas un bâtiment monolithique, mais une structure éclatée en cinq pôles, entre lesquels on chemine sur des sentiers. La combinaison des itinéraires laisse au visiteur le choix et rythme le parcours au milieu des chênes et des buis centenaires. Depuis le parking, un premier effet de clairière invite le visiteur vers l’entrée. Ce premier seuil longe une étroiture entre deux murs courbes à l’abri d’un grand auvent.

le pôle accueil est traité comme une étroiture entre deux murs courbes habillés de pierre d’orgnac, à l’abri d’un grand auvent.

Ce bâti reçoit le pôle accueil (boutique, administration, entretien, exposition temporaire et pédagogique). Les quatre autres pôles (pôle découverte, événementiel, restauration et réplique de la grotte) s’implantent en périphérie de ce plateau. Leur forme ovoïde est soulignée par des restanques qui les intègrent au paysage naturel.

L’anamorphose

La réplique est un espace de restitution hors norme, expliquent les architectes : « À l’intérieur, nous sommes dans une reconstitution au millimètre près, le relevé de la grotte tient dans 16 milliards de points. Ils ont été relevés par le cabinet de géomètres Perazio Engineering de Grenoble. Le scanner enregistrait dans 268 positions afin de ne rien manquer. Comme il était inutile que les 8 500 m2 de la cavité soient entièrement reproduits, un comité scientifique dirigé par Jean Clottes a choisi, avec précision, quelles parties devaient être reproduites. Au final, ce sont 3 000 m2 et 8 180 m2 de décor qui ont été reconstitués, d’où son nom, « l’anamorphose ».

la galerie de l’Aurignacien réinterprète l’idée de triangulation dans des panneaux de béton matricé.

La totalité du parcours est ponctuée de 10 stations d’observation qui permettent d’admirer les dessins et gravures les plus remarquables. Les cinq sens sont stimulés pour renforcer cette impression : fraîcheur et humidité du monde souterrain, jeu de lumière ou plutôt d’ombres simulant l’éclairage mouvant des torches et des foyers, silence, sensations olfactives. Tout a été étudié pour provoquer chez le visiteur l’émotion et faire oublier la réplique de la grotte. « Nous avons eu la chance de découvrir la vraie grotte. Cette cavité est un joyau artistique, scientifique et géologique. Nous avons essayé de nous souvenir de ce que nous avions ressenti et de le faire partager », ajoutent les architectes. Pour la réaliser, des centaines d’armatures ont été façonnées une à une, à la main, avant de recevoir une première couche de béton projeté puis de mortier paysager et d’être sculptées. Intégrée à la roche reconstituée, cette «anamorphose» est ceinte d’une coque en béton surmontée de deux énormes charpentes, la première soutenant les 27 panneaux reconstitués et la seconde la couverture du bâtiment. Les architectes poursuivent « Il a ensuite fallu trouver la bonne expression architecturale pour un bâtiment aveugle qui renferme un trésor.

on accède à la grotte latéralement, par une descente en rampe, accompagné par des parois béton de panneaux préfabriqués à coffrage intégré.

Nous avons tenté d’avoir la même concentration artistique que celle des artistes de la grotte, et avons cherché à l’extérieur à traduire de façon abstraite la triangulation du relevé 3D des parois, mettant en œuvre la même technique de béton projeté qu’à l’intérieur. Seule, l’utilisation de ce matériau apportait la masse et la résonance d’une véritable grotte. En façade, le challenge a été de réaliser une triangulation qui ne soit pas trop fine pour être perceptible de loin. Associées aux plis, aux fissures, les facettes communiquent avec la nature environnante. De loin et avec le soleil, les 100 m de long et 14 m de haut du bâtiment deviennent une véritable falaise reconstituée. » Comme dans la grotte d’origine, l’entrée est plein sud, à l’opposé du point d’arrivée du sentier. On y accède latéralement par une descente en rampe. Les architectes en ont profité pour préparer les visiteurs à la puissance artistique des dessins, comme si chaque pas faisait remonter le temps et mettait en condition sensorielle. Le parcours devient initiatique. On descend accompagné par des parois en béton, constituées de panneaux préfabriqués à coffrage intégré. Lisse, leur aspect de surface est presque glacé. Leur pose en lignes brisées, comme dans un canyon, trace une triangulation progressive d’abord simplement en deux dimensions.

À l’intérieur, des centaines d’armatures ont été soudées à la main pour recevoir un béton projeté puis un mortier paysager.

Remonter le temps

Première halte, la fenêtre paysagère, comme un abri sous roche, la peau lisse en béton s’anime peu à peu pour gagner une troisième dimension. Le lieu devient couvert pour accompagner la transition de la lumière crue à la pénombre. La texture lisse du béton prend un grain plus naturel. Le béton est projeté, lissé puis texturé à la souffleuse. L’entrée est bordée de colonnes aux formes naturelles et rocheuses. Le regard est capté au loin par la belle nature, les reliefs partagés avec ces premiers hommes. Pour compléter la visite et prolonger l’expérience, direction l’espace d’interprétation avec la galerie de l’Aurignacien. Le bâtiment reçoit une succession de panneaux en béton matricé disposés en arc de cercle. La matrice à facettes mise au point fait elle aussi référence à la triangulation mais dans une interpré-
tation contemporaine. Au centre, l’entrée de la grande salle est abritée par un auvent. Il est réalisé en béton coulé en place et reprend le motif des facettes.

Sur les autres pôles, les panneaux matricés sont repris comme éléments architectoniques d’encadrement de fenêtre ou de sous-face de dalle. Ils confèrent à l’écriture architecturale une ligne actuelle. Elle se marie parfaitement à la pierre sèche qui habille les murs. La couleur blonde du béton reprend la teinte de cette belle pierre d’Orgnac dans une alliance que les architectes ont volontairement affirmée
avec la nature et au-delà du temps.

du nord au sud, le bâtiment passe du lisse du béton préfabriqué à la rugosité du béton projeté et soufflé.

Principaux Intervenants

Auteur : Solveig Orth – Reportage photos : Érick Saillet

Maître d’ouvrage : syndicat mixte Caverne du Pont-d’Arc – Maître d’œuvre : Fabre/Speller Architectes, architectes mandataires ; Atelier 3a, architectes associés – BET TCE : Girus – Entreprises : Berthouly Construction Rivasi Btp ; Mira Charmasson Sarl – Décor anamorphose : Vinci (béton projeté : Les Ateliers artistiques du béton)– Surfaces construites : 15 000 m2 Surface SHON : 10 000 m2Surface du terrain : 27 ha – Surfaces aménagées : 13 ha – Coût : 40 M€ HT – Programme : pôle accueil, restauration, réplique, interprétation, événementiel, parking.



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