Au sud, la façade néoclassique est reconstituée avec la construction d’une aile neuve (à gauche). Elle reprend le gabarit et l’ordonnancement des baies d’origine et s’inscrit en symétrie avec l’existant.

Protégé par la belle silhouette du mont Faron et s’ouvrant au sud vers la rade de la Méditerranée, le nouveau quartier Chalucet se nourrit de l’histoire des lieux et distille son cœur paysager dans un équilibre savamment maîtrisé.

Situé en plein cœur de Toulon, l’ancien hôpital de la Charité datant de la fin du XVIIe siècle possède une histoire mouvementée. Agrandi en 1854 pour devenir l’hôpital Chalucet, il se voit amputé de son aile ouest lors d’un bombardement pendant la deuxième guerre mondiale. L’équipement de santé a ensuite fonctionné ainsi jusqu’au milieu des années 90 lorsqu’il est finalement abandonné au profit d’un hôpital neuf à l’écart du centre-ville.
 
En 2015, ce site constituait une enclave de 3,5 ha au cœur de la ville, abandonnée depuis une vingtaine d’années quand la ville de Toulon et Toulon Provence Méditerranée décident de lancer un ambitieux concours d’urbanisme.

Cette enclave de forme trapézoïdale est positionnée en rotule dans la ville. À l’est, le site est bordé par la ville haussmannienne, du XIXe siècle, caractérisée par l’orthogonalité de son plan. À l’ouest, en revanche, le tissu du XXe siècle est plus libre, intégrant la forme des anciens remparts disparus. Enfin, le sud est marqué par l’ouverture vers la mer ainsi que la présence exceptionnelle du jardin Alexandre 1er, un vaste et somptueux écrin végétal très fréquenté, dont le réaménagement réunifie les espaces du quartier et porte de nouvelles valeurs d’usage. Avec le programme culturel, de sa médiathèque, couplé à ceux de l’École supérieure des beaux-arts, Kedge Business School et de l’école Camondo Méditerranée, le quartier Chalucet est voué à devenir un lieu emblématique de la reconquête du centre-ville de Toulon.

 

 

Lauréats de ce concours d’urbanisme et d’architecture, l’agence Corinne Vezzoni et associés, aux côtés pour l’occasion de l’agence d’urbanisme Devillers et associés, ont souhaité s’inscrire « dans une boucle du temps qui va du présent vers le passé pour produire le futur », selon la formule de l’historien Georges Duby chère aux concepteurs. 

À l’échelle urbaine, les architectes ont d’abord cherché à « démêler » les tissus urbains existants pour mieux s’y insérer et donner sens au neuf à partir de l’existant. Ainsi, ils ont évité de placer l’épine dorsale du projet au centre du site et l’ont déportée à son extrémité est, à la limite de la ville haussmannienne. Les différents accès aux équipements y sont installés. Ce geste fort libère tout le reste du site pour faire place à de nouveaux espaces publics qui accompagnent le jardin historique libéré de ses clôtures. Dans ce nouveau morceau de ville, ce sont ces nouveaux espaces publiques, donc du vide et non des éléments bâtis, qui créent la couture avec le tissu urbain du XXe siècle.

Pour avoir du béton en intérieur comme en extérieur, le bâtiment met en œuvre des doubles murs coulés en place avec isolant intégré (procédé GBE).

Nouvelle aile 

Place de choix dans ce nouvel ensemble urbain, les concepteurs proposent d’installer la médiathèque dans les bâtiments de l’ancien hôpital. Avec la chapelle, le pavillon d’entrée du XIXe siècle et l’aile est de l’ancien hospice du XVIIe siècle, l’opération possède un enjeu particulier. Côté programme, la commande est également atypique car la médiathèque doit devenir un tiers lieu dans lequel autour des espaces de consultation sont également rattachés un café culturel, un espace d’exposition et un auditorium. Ces lieux devant permettre un échange entre le monde artistique drainé par les nouvelles écoles d’art et les habitants du futur quartier. Pour répondre au double enjeu d’insertion harmonieuse dans un environnement historique tout en exprimant l’innovation dans le cadre du nouveau quartier, les architectes ont joué la carte de l’intemporalité et d’un projet présentant deux traitements de façade opposés.

Côté nord, la façade s’émancipe de l’architecture classique. Elle dessine un jeu de pleins et de vides.

Côté parc au sud, la façade néoclassique est reconstituée, avec la reconstruction de l’élément bombardé. Cette nouvelle aile reprend le gabarit de l’élément d’origine ainsi que son ordonnancement et s’inscrit en parfaite symétrie de l’existant. Elle dessine un ensemble au caractère résolument contemporain. Côté nord, à l’inverse, la façade s’émancipe pour proposer un jeu surdimensionné de grands pleins et de grands vides, correspondant aux espaces communs de circulation et d’entrée du projet.

Afin de pouvoir réaliser l’intégralité du programme, la partie neuve double la taille de l’existant. Les dalles des nouveaux locaux s’inscrivent en continuité des niveaux existants pour éviter toute rupture dans l’appréhension de l’espace. Au final, le bâtiment s’élève de deux niveaux au-dessus du rez-de-chaussée, avec un niveau en sous-sol qui reçoit l’amphithéâtre, laissant la place principale à la chapelle historique au centre de la composition. Pour desservir l’ensemble des locaux, les concepteurs ont dessiné un escalier monumental, organisé dans un atrium ouvert, qui permet d’embrasser dès l’entrée la totalité de l’espace et sa fluidité. Situé au cœur du bâtiment, il permet de desservir tout aussi bien l’aile neuve que l’existante. 

 

Matière et lumière

Pour avoir du béton en intérieur comme en extérieur, le bâtiment met en œuvre des doubles murs coulés en place avec isolant intégré (procédé GBE). Le béton mis en œuvre est un béton blanc. Pour les architectes, « le blanc est la couleur de Toulon, c’est la couleur de la roche blanche qui s’aperçoit depuis le large lorsque l’on arrive par la mer », explique Pascal Laporte, associé et complice historique de Corinne Vezzoni. 

La recherche de la bonne teinte de ce blanc originel a fait l’objet d’un travail particulier. Les couches successives qui recouvraient les colonnes de la chapelle ont été grattées. La pierre tout comme celle des sculptures qui s’égrènent dans le jardin Alexandre 1er provenaient de la carrière Someca du Revest.

Une artère de cette carrière a été ouverte pour ce chantier. Les granulats qui en sont issus entrent dans la composition du béton de ciment blanc, afin de coller le plus justement à « cette couleur de la ville ». L’objectif des architectes était d’obtenir un béton blanc à la fois doux et chaleureux. 

 

 

À l’intérieur, ce béton devient lumineux, la teinte blanche diffuse une douce lumière jusqu’au cœur du bâtiment. En contrepoint au béton blanc, les ensembles menuisés des châssis vitrés sont réalisés en bois. Ceci confère une grande douceur à l’ensemble.

Les salles de consultation tout comme les espaces de travail s’articulent avec une grande fluidité. Il n’y a pas de coupure visuelle dans l’appréhension de l’espace. La lumière n’est jamais éblouissante et toujours apaisée. Au nord, les baies sont largement dimensionnées car la lumière est diffuse et ne crée pas d’éblouissement. 

En revanche, au sud, pour éviter les variations trop importantes de luminosité qui auraient été préjudiciables à la lecture, un principe d’alcôves inversées a été imaginé pour pouvoir reprendre en façade le rythme des ouvertures des fenêtres de l’aile existante mais éviter l’ensoleillement direct grâce à ce jeu de « surprofondeur ». 

Fidèles à leurs préceptes environnementaux, les architectes ont développé une conception respectueuse de l’environnement non seulement à l’échelle du bâtiment, mais également à celle plus vaste du quartier. Il a ainsi été récompensé du label argent des Quartiers durables méditerranéens.

L’intérieur est baigné de la douce lumière du nord. En contrepoint au béton blanc, les ensembles menuisés des châssis sont réalisés en bois.

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Fiche technique

Reportage photos : Lisa Ricciotti et Serge Demailly

Maître d’ouvrage : ville de Toulon
Maître d’œuvre : Corinne Vezzoni et associés
BET structure : Ingénierie 84
BET fluides : Adret, HQE, SSI 
Entreprise gros œuvre : Travaux du midi/Léon Grosse 
Surface : 4 800 m2 SU
Coût : 13,7 M€ 
Programme : médiathèque : 70 000 documents et supports consultables.



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