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Le quartier des Lochères à Sarcelles est le premier et emblématique exemple des grands ensembles qui se développèrent en périphérie de nombreuses villes françaises à partir du milieu des années 50. Ici, ce sont environ 12 000 logements, qui furent construits entre 1955 et 1975. Force est de reconnaître que le travail sur l’architecture est alors laissé de côté pour répondre à l’urgence du relogement.

Élément structurant du quartier

Jean-Pierre Lott a conçu son bâtiment au cœur d’un des îlots du quartier des Lochères. C’est dans un écrin de verdure, avec une végétation variée et de beaux et grands arbres, que s’élève le groupe scolaire. La présence de la végétation fut une donnée très importante dans la genèse du projet, car elle est un élément structurant de l’espace existant, brisant la monotonie suscitée par les barres d’immeubles qui cernent le terrain.

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Il s’agit en réalité d’une reconstruction, à la place d’un collège de Jean Prouvé qui n’était pas d’une grande qualité architecturale – mais dont la municipalité a gardé une aile, hors les murs de l’école. De plus, la reconstruction du groupe scolaire fait partie d’une vaste opération de rénovation urbaine qui comprendra des logements collectifs restructurés et des maisons. Cette variété de bâti permettra une requalification et une réappropriation du quartier par ses habitants :
« La réhabilitation du patrimoine existant et les constructions neuves sont la juste solution pour l’évolution du quartier et plus généralement des grands ensembles », précise l’architecte.

Son bâtiment agit d’ailleurs comme un signal architectural, un paradigme de la contemporanéité urbaine. Et ceci d’autant plus qu’un travail sensible a été réalisé sur les accès et les rues alentour, intégrant ainsi le groupe scolaire dans son quartier. Des voies en parcours piétonnier, bordées par des murets parfois surmontés de grilles aux motifs graphiques, depuis les immeubles qui entourent l’école jusqu’à celle-ci, sont aménagées pour la plus grande sécurité des enfants. De plus, ces voies créent des liaisons entre les quartiers environnants, engendrant une fluidité de cheminement et de nouveaux liens avec la ville.

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L’établissement, qui reçoit 540 enfants, comprend une école maternelle de 8 classes et une école élémentaire de 10 classes. L’entrée des deux écoles est commune, elle se fait par le côté sud. Le parvis est surélevé d’une huitaine de marches, ce qui met en scène le pôle d’accès comme point de suture entre l’espace public – la ville et l’espace intime – l’école. Ce dispositif permet également de rattraper un léger dénivelé de terrain et de créer le plain-pied général de l’édifice.

Deux auvents courbes en porte-à-faux, soulignés par un acrotère de béton blanc et supportés par de minces piliers, donnent à l’ensemble une ampleur sculpturale.

« Notre projet tout en rondeur offre la singularité qui a tant manqué à ce quartier. Ainsi l’école, institution publique majeure, devient l’élément structurant du quartier », explique Jean-Pierre Lott. Et il ajoute : « Il faut soigner les écoles !".

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Pour ce faire, l’architecte choisit ici d’une façon très déterminée d’utiliser le béton, celui-là même qui servit à construire la ville, mais en affirmant sa plasticité, en l’affichant comme le matériau par excellence qui lui donnera la possibilité d’exprimer l’univers enfantin. En fait, Jean-Pierre Lott a véritablement « construit un dessin d’enfant », avec toute sa fantaisie, déclinée en toitures arrondies pour former – notamment dans la cour des maternelles au nord-ouest –, des préaux qui abritent de la pluie et forment des protections contre le soleil. Ici, deux niveaux de cours de récréation se superposent, la terrasse supérieure vient se glisser sur celle du rez-de-chaussée, supportée par quelques hauts piliers inclinés qui ne sont pas sans rappeler la forme des crayons. Les courbes et les contre-courbes accentuées par les acrotères souples et lisses en béton modèlent les espaces extérieurs et produisent un effet visuel surprenant.

Au sud, le traitement de la cour élémentaire semble plus sage, même si le volume vitré, abritant un espace de circulation entre les deux écoles, avance lui aussi en courbe. Des brise-soleil habillent la façade d’une résille de béton blanc qui crée un jeu d’ombre et de lumière comme un crayonnage sur un dessin d’enfant.

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À l’ouest, où les effets de volume sont moins contrastés mais la fantaisie toujours présente, une série de baies ovales se promènent sur la paroi comme des notes de musique géantes.

La rupture avec l’orthogonalité et l’uniformité environnantes est consommée. Toutes les façades sont singulières, traitées chacune en fonction de son orientation, mais aussi dans son lien avec le quartier et la ville. « Nous avons conçu un bâtiment à vivre, nous voulions donner des choses à voir aux habitants. Chaque façade est un point de vue travaillé suivant la perception urbaine recherchée », reprend Jean-Pierre Lott.

Et c’est donc une « architecture raisonnée », comme on parle « d’agriculture raisonnée », qui tient compte de l’environnement et du bien-être des usagers – avec la conservation de la végétation par exemple, ou encore le travail sur l’esthétique et l’univers de l’enfance –,
démarche qui vient en contre-pied de celle qui fut à l’origine du grand ensemble.

Le bâtiment se répartit en deux ailes à R+2, chacune dédiée à une école, agencées en quinconce. Devant chacune d’elles se déploient les cours de récréation. Dans la partie sud-ouest, l’école maternelle occupe le rez-de-chaussée et le premier niveau (administration, salles de classe, de repos, de motricité...), au second se trouve le logement de gardien. La partie nord-est abrite l’école élémentaire sur trois niveaux. Le restaurant scolaire et la cuisine communs sont situés au nord, ce qui crée un point de jonction entre les deux établissements.

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Construire un dessin d’enfant

L’architecte a opté pour un béton fluide autoplaçant coulé en place, qui autorise une grande souplesse d’utilisation, et lui a permis de « construire des dessins », de ménager de grands espaces libres sous les toitures avec d’amples porte-à-faux dans les circulations intérieures et extérieures, ménageant une multiplicité de vues, créant des perspectives.

« Nous avons porté une grande attention à tous les détails de la construction, avec un soin particulier porté au calepinage, à l’alignement des baies et des joints de banches par exemple... Les faux plafonds extérieurs sont en béton pour forger une unité et insister sur la matérialité de tous les éléments du bâtiment. Aucun composant architectural n’a été négligé », nous dit Jean-Pierre Lott.

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L’intérieur est à l’image de l’extérieur. Les salles de classe sont vastes et lumineuses, les circulations pleines de surprise de par la forme et la disposition des baies, des patios diffusent la lumière naturelle, les escaliers de chaque école sont traités comme des véritables sculptures de béton.

De plus, les qualités environnementales du bâtiment, conforme à la RT 2012, sont multiples. L’orientation nord-sud est la plus simple pour optimiser les contrôles et apports de lumière dans les salles de classe. Les locaux administratifs et techniques sont, quant à eux, placés à l’est ou à l’ouest. Les coursives et les ouvertures sur les circulations engendrent une ventilation naturelle et toutes les classes sont dotées d’un système d’aération à double flux. Les menuiseries sont à rupteur de pont thermique, en continuité de l’isolant intérieur sur toute la hauteur de la façade. Les nombreuses terrasses sont végétalisées et l’architecte a pris en compte avec conviction le rapport du bâti à son site en conservant le maximum de végétation existante.

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Crédits photos - Aldo Amoretti

Principaux intervenants

Maître d’ouvrage : ville de Sarcelles – Maître d’œuvre : Jean-Pierre Lott, architecteBET structure : Incet – BET HQE® : Oasiis – Entreprise générale : Léon Grosse – Surface : 4 841 m2 SHON – Coût : 9,4 M€ HT – Programme : école maternelle et élémentaire recevant 540 élèves, 18 salles de classe, locaux pédagogiques, administratifs et techniques, 2 réfectoires, 1 cuisine commune aux 2 écoles et 1 logement de gardien.



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