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Située à quelques kilomètres de Metz, la commune de Jury accueille depuis 1972 un centre hospitalier spécialisé qui disposait de structures complémentaires de consultations et de soins, disséminées dans la ville voisine.

Il était devenu primordial de les regrouper pour disposer de nouveaux locaux, confortables et aux normes, mais également pour optimiser l’organisation du personnel, la lisibilité de l’établissement et faciliter l’accessibilité du public aux soins. Le terrain acquis pour cette opération se situe dans une Zac créée il y a une quarantaine d’années, à l’entrée des Hauts de Queuleu, au bord d’une départementale, le boulevard de Strasbourg, qui mène à l’hypercentre de Metz.

Le contexte s’avère être à la fois typique des abords de ville, hétéroclite et en manque de repères urbains forts, tout en offrant un environnement semi-boisé et vallonné. En effet, la parcelle dédiée côtoie tout autant la nature que l’urbain, sise entre un concessionnaire automobile et un espace presque sanctuarisé comprenant des vestiges de fortifications dissimulées dans un petit bois.

La partie arrière du centre qui longe le bois existant.

Situé en contrebas de la route, le terrain dispose « naturellement » d’une protection face au flux du boulevard. Et là était bien l’enjeu de ce projet, offrir une ouverture sur l’extérieur, un contact avec la nature et la ville, tout en créant un lieu préservant l’intimité.

Ce concept prend ici tout son sens puisque l’établissement construit, destiné aux soins psychiatriques, s’adresse à un public sensible. D’ailleurs, ce jeu de l’ouvert/fermé ne se lit pas au premier abord, tant la coque de béton, qui enveloppe et protège, remplit son rôle d’écran et masque ce que comprend le centre, ne laissant transparaître ici ou là que quelques fragments de parois vitrées.

Le travail de la peau du béton accentue cet effet. Grâce aux pigments ajoutés, à l’érosion et aux accidents insérés, la coque se fond dans le paysage, entre terre et végétal, à la fois organique et minérale. 

Un des autres enjeux du projet consistait à réunir deux structures, le centre pour adultes et celui pour enfants, à mutualiser les locaux techniques et les espaces du personnel tout en évitant le plus possible les contacts visuels entre patients adultes et patients enfants. 

Les locaux communs, non accessibles au public, servent d’espace tampon entre les deux structures qui se développent chacune sur deux niveaux. Et dès que l’on pénètre dans l’une ou l’autre, on est frappé par la justesse et la force du rapport ouvert/fermé, assez peu imaginable depuis l’extérieur.

Les espaces, quels qu’ils soient, sont baignés de lumière et de percées sur l’extérieur. Dérobées, lorsqu’elles cadrent les espaces « publics », les vues sont franches sur l’ensemble des patios ou sur le petit bois voisin. 

Pour accéder au centre dédié aux enfants, on se glisse sous l’enveloppe de béton protectrice.

Un intérieur fluide et protégé

Ce bâtiment, qui semble ne présenter que 4 façades, en compte en réalité 14, si l’on prend en compte toutes celles des cours intérieures. Et c’est justement grâce à ces évidements que le cheminement offre autant de lumière naturelle, de variétés spatiales, tant dans les ambiances que dans les volumes offerts, adaptés à chaque fonction du programme, de la pièce intime de consultation à la salle d’activités communes, etc.

Quant aux espaces de circulation, dégagés et « respirants », ils sont ponctués de cadrages sur le ciel dans les cages d’escalier. Si l’atmosphère intérieure est fortement marquée par le contact au végétal, la douceur qui en découle est renforcée par la présence de bois très clair pour les plafonds et les menuiseries, et par un sol en résine rosée, générant une ambiance parfaitement propice au soin, presque feutrée – un effet renforcé par une très bonne acoustique.

Un béton à usages multiples

Outre ces matériaux, dont le bois qui, associé aux profilés métalliques assure la structure des façades entièrement vitrées, le béton joue ici un triple rôle. 

Structurel, dans un registre classique de dalles, de poteaux et de voiles porteurs, coulés en place et non visibles.

Protecteur, dans son rôle de coque enveloppante dont l’omniprésence extérieure s’immisce à l’intérieur par le jeu de vues cadrées depuis l’intérieur sur cette frontière rassurante.

Artistique, par l’intervention du peintre Grégoire Hespel, choisi par l’agence Richter et associés pour participer au projet et trouver le mode le plus adapté à sa participation.

Après quelques temps de recherche, il leur a semblé évident qu’il fallait intervenir sur la coque qui représente l’ancrage et la pérennité de l’ouvrage. Habitué à peindre des paysages d’une matérialité presque minérale, Grégoire Hespel a soumis la peau du béton à un travail quasi archaïque.

Loin de toute recherche d’abstraction, il souhaitait mettre à nu son essence, son épaisseur, sa composition et créer un paysage dans le paysage, qui confère à cette enveloppe une préhistoire, un vécu, un ensemble de traces dont l’interprétation fluctue en fonction de chacun, à l’instar d’une toile. 

L’enveloppe de béton, travaillée à 
la manière d’un paysage, se soulève par endroits pour dévoiler sans révéler.

L’art au service de la matière

Ce traitement inhabituel de la surface du béton ne laisse pas indifférent. Techniquement, l’artiste est intervenu avec un nettoyeur haute pression, juste après le décoffrage des voiles, pour créer des zones érodées en surface et dévoiler les granulats, tous locaux.

Pour obtenir des impacts plus profonds, voire percer le voile, des masques en laine de roche ont été intégrés dans les coffrages selon un plan précis fourni par l’artiste. Les pigments verts ajoutés avant coulage confèrent au béton un aspect plus végétal, voire moussu par temps de pluie, accentuant son intégration dans le bois voisin qui fonctionne comme un fond de scène.

Outre la dimension plus que poétique et évocatrice de cette peau, son aspect, plus que brut, contraste avec la géométrie rigoureuse et la précision ciselée au millimètre des façades vitrées, chaque typologie de paroi se mettant mutuellement en valeur. Arriver à ce résultat implique un souci des détails et de leurs traitements, notamment grâce à la réalisation d’une maquette d’une portion de façade, en vraie grandeur, qui a permis de vérifier et de réajuster les solutions trouvées au moment de la conception. 

À écouter l’ensemble des protagonistes, maîtrise d’œuvre, entreprise de gros œuvre, artiste et maître d’ouvrage ont formé une seule et même équipe. Ils se sont tous approprié le projet, y ont adhéré et ont travaillé main dans la main. 

Plan de rez-de-chaussée 1.Hall d’entrée de la partie dédiée 
aux enfants 2.Hall d’entrée 
de la partie dédiée 
aux adultes 3.Zone « tampon » réservée au personnel et séparant les deux parties du centre

Une approche rigoureuse 

Pour cette opération, le maître d’ouvrage avait fait le choix d’inscrire le projet dans une démarche environnementale basée sur le référentiel HQE® « Établissements de santé » et la charte « Chantier vert ». Certaines cibles ont fait l’objet d’un développement plus poussé et notamment la gestion de l’énergie. Le projet atteint le niveau RT 2012 - 20 %, grâce à la mise en œuvre de matériaux et équipements performants, à la qualité des isolants, à celle des vitrages, en passant par l’épaisseur des voiles et dalles béton qui participent à l’inertie globale du bâtiment, hiver comme été. S’y ajoute la mise en œuvre de rupteurs de ponts thermiques à chaque liaison voile/dalle.

L’autre point fort concerne le confort des usagers. Le système de chauffage, un plancher chauffant/rafraîchissant, est relié au réseau de chaleur urbain afin de limiter les équipements techniques, complété par un système de ventilation à double flux avec récupération de chaleur à haut rendement alors que le froid est produit par un groupe à condensation sur air.

En termes de confort visuel, des études ont été réalisées pour optimiser l’éclairement des locaux et limiter le recours à l’éclairage artificiel.

Quand le rationnel et le sensible se rejoignent et se mettent au service de l’architecture, le résultat se dévoile aussi humain que plastique. 

Coupe transversale

Principaux Intervenants

Reportage photos : Luc Boegly

Maître d’ouvrage : centre hospitalier spécialisé de Jury – Maître d’œuvre : Richter architectes et associés – BET structure : CTE Mulhouse – BET fluides et HQE® : Solares Bauen – Paysagiste : Bruno Kubler – Artiste : Grégoire Hespel – Entreprise gros œuvre : Demathieu & Bard – Surface : 2 200 m2 SDP – Coût : 5,4 M€ HT – Programme : centre de santé mentale pour adultes et centre psychothérapique pour enfants.



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