À l’orée des années 1960, l’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon est décidé par le gouvernement de Georges Pompidou, le général Charles de Gaulle étant alors président de la République. La mission interministérielle d'aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon, également connue sous le nom de « Mission Racine » (du nom de son président, le conseiller d’État Pierre Racine), est créée en juin 1963 pour conduire l’ensemble des travaux et des opérations d’aménagement. C’est dans ce cadre que Port Camargue voit le jour sur le territoire de la commune du Grau-du-Roi. Le projet est confié à l’architecte Jean Balladur, qui a déjà dessiné les plans de la nouvelle station balnéaire de La Grande-Motte, mitoyenne du Grau-du-Roi. Avec 5 000 emplacements de bateaux sur un seul et même bassin, Port Camargue est aujourd’hui le plus grand port de plaisance d'Europe et le deuxième au monde, derrière Marina del Rey de San Diego en Californie. Depuis le début des années 1970, où elle a vu le jour, l’École de mer est une vitrine du nautisme dans la station balnéaire. Ouverte au grand public et aux professionnels des sports nautiques, elle accueille 6 000 stagiaires par an pour la pratique de la voile, de la planche à voile, du kitesurf, du paddle…

Moderniser et valoriser

La Régie autonome de Port Camargue a été créée en 2002 à l’initiative de la commune du Grau-du-Roi pour gérer le port de plaisance de Port Camargue. Après une période de six ans de requalification des infrastructures portuaires de 2002 à 2009, la Régie a souhaité anticiper les mutations de la plaisance traditionnelle en créant un pôle pour favoriser l’accès aux loisirs nautiques. Dans cette perspective, il s’est avéré nécessaire d’entièrement reconstruire l’École de mer, dont les locaux, d’origine, très abîmés, ne pouvaient être réparés et ne correspondaient pas aux exigences contemporaines d’accessibilité, de sécurité et de confort. Dans le cadre du concours organisé par la Régie autonome de Port Camargue, au-delà du programme, plusieurs contraintes s’imposaient aux candidats comme l’obligation de prendre en compte le risque de submersion marine qui nécessitait un rehaussement des planchers du rez-de-chaussée. De même, la future réalisation ne devait pas dépasser une hauteur de 8 m au-dessus du sol, pour ne pas cacher les vues des riverains sur le port. Il était également demandé que son architecture s’inscrive de façon harmonieuse dans la station balnéaire dessinée par Jean Balladur. 

Sculptée et dessinée par le béton blanc 

« Nous avons conçu un projet assez compact, qui joue sur les rapports entre les pleins, les vides, les masses, la lumière, l’ombre. Son écriture rend hommage à l’architecture de Jean Balladur sans la copier », commentent les architectes lauréats de la consultation, Nicolas Crégut et Laurent Duport de l’agence C+D Architecture. Implanté à côté du yacht-club et du hangar existant, le bâtiment se déploie sur deux niveaux (R+1) et se compose de deux corps de bâti. Celui du rez-de-chaussée compose un socle et dessine en plan une figure en L inversé. Sa partie la plus grande longe, à l’ouest, un vaste parvis, desservant la capitainerie, le club-house, le yacht-club, et sur lequel s’ouvre l’entrée de l’équipement. Côté nord, l’autre branche de l’équerre, plus épaisse, abrite un jardin intérieur qui laisse entrer la lumière naturelle et la végétation au cœur du projet, tout en constituant une zone de détente à l’abri des vents. Ce jardin sert également de régulateur thermique en été et offre aux stagiaires un espace de convivialité au cœur de l’École de mer. Sur cette partie du rez-de-chaussée, le niveau R+1 forme un H dont l’une des branches s’avance en porte-à-faux sur le parvis pour signaler l’entrée du bâtiment. L’accueil de l’École de mer, l’administration, le pôle animations, activités et loisirs, un espace de restauration des stagiaires et des personnels ainsi que les vestiaires se répartissent au rez-de-chaussée. Les 49 chambres, permettant d’héberger 140 stagiaires, sont toutes regroupées à l’étage. 

 

 

L’enveloppe de l’École de mer est entièrement réalisée en béton blanc coulé en place. Sur le grand parvis, la façade principale est animée par un ensemble de perforations carrées de différentes tailles, réparties de façon aléatoire. Elles sont comblées avec un verre bleuté, qui accompagne délicatement le graphisme de leur composition. Sous le porte-à-faux de l’étage, une généreuse paroi vitrée ouvre l’équipement sur l’espace public et invite à entrer. Rythmée par le jeu des pleins et des vides, de l’ombre et de la lumière, que souligne l’expression contemporaine du béton blanc, la volumétrie générale évoque l’esprit de l’architecture de Jean Balladur.

« Pour ce projet, le choix des matériaux a été conduit par la recherche de confort des utilisateurs, la simplicité des choix constructifs et techniques du bâtiment dans leur utilisation, leurs performances techniques, leurs coûts d’entretien et de maintenance. Ainsi, nous avons choisi de construire le bâtiment en béton armé coulé en place. Compte tenu du fait que nous sommes en site maritime, pour toutes les parties extérieures, nous avons mis en œuvre un béton de classe de résistance C30/37 soumis à la classe d’exposition XS3 qui impose l’utilisation d’un ciment PM (prise mer). Pour tous les autres éléments en béton armé intérieur, on utilise un béton "normal" », précisent les architectes.

Pouvant accueillir un plus grand nombre de stagiaires, la nouvelle École de mer offre aux sportifs et passionnés de la mer, amateurs ou professionnels, un cadre idéal pour se perfectionner dans les meilleures conditions.

Localiser la réalisation

Fiche technique 

Reportage photos : Marie-Caroline LUCAT

  • Maître d’ouvrage : Régie autonome de Port Camargue 
  • Maîtrise d’œuvre : C+D Architecture, Nicolas Crégut & Laurent Duport architectes.
  • BET structure : BET Christian Duplan
  • Entreprise gros œuvre : SMB
  • Surface : 2 275 m² SHON
  • Coût : 3,70 M€ HT

Programme : bâtiment neuf intégrant des locaux administratifs, 49 chambres pouvant accueillir 140 stagiaires, 3 logements de fonction, un restaurant, des vestiaires et sanitaires.



0 commentaires
Voir aussi
  • 01/09/2021
    Guide
    Bétocib "Guide CCTP pour bétons apparents coulés en place" - éd. 2020
    Ce "Guide CCTP pour bétons apparents coulés sur place", élaboré par les adhérents de Bétocib de manière pédagogique et pratique, est destiné aux architectes et bureaux d'études. Son sommaire suit la trame d'un CCTP pour béton apparent (ce type de CCTP est une annexe au CCTP Gros Œuvre) pour y présenter les points de vigilance et les conseils appropriés.
  • 06/02/2020
    Le cadre réglementaire sur la qualité de l’air se développe
    L’obligation pour les collectivités, établie par un décret du 2 décembre 2011, de mesurer progressivement la qualité de l’air de l’ensemble des bâtiments scolaires et l’exigence imposée aux sociétés industrielles, définies dans les arrêtés du 30  avril et du 28  mai 2009, de faire figurer les émissions de COV de leurs produits de construction ou de revêtements de parois amenés à être utilisés à l’intérieur des locaux, ainsi que les produits utilisés pour leur incorporation ou leur application, sont les premières pierres du cadre réglementaire sur la qualité de l’air.
  • 27/04/2021
    Toiture-terrasse végétalisée, un aperçu historique
    Le principe d’installer des plantes sur les toits n’est pas nouveau, nous avons tous entendu parler des  Jardins suspendus de Babylone, et autour de nous, aperçu des arbres sur des terrasses, intégrés dans de véritables jardins « en l’air ».