La silhouette archétypale de maison du groupe scolaire Samuel-Paty renouvelle la typologie de l’école et l’identité du quartier dans lequel il s’implante.

Situé à l’est de Béziers, le quartier de la Devèze est classé en zone prioritaire de la politique de la ville (QPV) et bénéficie depuis 2004 d’importantes restructurations. Les grands ensembles, typiques des années 1960-1970, sont peu à peu remplacés par des petits immeubles collectifs, des maisons individuelles et des équipements publics. L’idée étant d’abaisser les hauteurs générales des constructions pour dédensifier le quartier. 

Les architectes ont choisi de réaliser la toiture en continuité des façades en béton sablé et teinté dans la masse pour unifier les différents plans et assurer une grande pérennité au bâti.

Nouveau paysage

Après vingt ans de travaux, le quartier apparaît aujourd’hui plus diversifié et arbore une qualité paysagère indéniable marquée par la belle présence des platanes et des pins maritimes. Le groupe scolaire Samuel-Paty, numérique et bilingue, conçu par ateliers o-s architectes en collaboration avec NAS architecture s’inscrit dans ce renouveau. Depuis janvier 2023, les élèves de l’ancienne école des Oliviers ont déménagé dans les nouveaux locaux situés sur la parcelle voisine.

La façade extérieure joue un rôle de « gangue » protectrice. La teinte calcaire du béton résonne avec les teintes naturelles et chaleureuses du site.

Implanté sur une parcelle de près de 12 000 m2 – là où des barres d’habitation ont été détruites –, le nouvel équipement tranche par l’atmosphère de village qu’il véhicule.
 
Ce que l’on voit d’abord, c’est une silhouette archétypale de maison avec sa toiture à deux pans. Particularité ici, cette silhouette devient un volume extrudé qui file à rez-de-chaussée pour suivre la topographie naturelle du terrain et devenir une masse unifiée de béton de teinte calcaire. 

La façade extérieure joue un rôle de « gangue » protectrice. La teinte calcaire du béton résonne avec les teintes naturelles et chaleureuses du site.

Le bâtiment s’organise comme une grande enceinte qui protège du vent fort, du bruit du boulevard et des risques d’intrusion. La volumétrie se déforme en épousant les limites de l’îlot. Le bâti se protège lui-même pour libérer en son cœur un paysage autre, appropriable par tous les usagers des écoles.  

La préservation des grands arbres existants qui structurent le site a guidé la conception du projet. L’entrée de l’équipement et son parvis sont disposés à la jonction de l’allée de platanes à l’ouest et de l’allée de pins au nord. Le lieu d’attente des parents est traité comme une antichambre. Protégé en toiture, l’espace sur double hauteur est couvert tout en étant largement ouvert sur le parvis. Organe de distribution des flux, il se distingue par les plis de sa toiture en béton, percée de trois ouvertures zénithales circulaires d’où émerge la cime des arbres. C’est un autre monde qui s’ouvre au visiteur qui tout naturellement s’oriente soit vers le hall de l’école maternelle soit vers celui de l’école élémentaire.

Protégée par l’organisation du bâti, la cour devient le prolongement physique des salles de classe.

Enceinte et ouverture

Située directement en lien avec ces deux halls d’accueil, l’administration possède un large champ de vision à la fois sur les entrées et sur les cours. Sa position est stratégique pour renseigner les familles tout en veillant également à la sécurité des cours à l’intérieur du groupe scolaire. 

Le plan s’organise en spirale avec au centre les cours, bordées par les classes en lien direct avec l’extérieur. La maternelle avec ses six classes est implantée au nord de la parcelle, alors que les neuf classes élémentaires se développent au sud. La circulation de desserte ourle le site, reportée en limite extérieure pour constituer un filtre avec le quartier. Celle-ci est traitée de façon généreuse et offre des vues à la fois sur la ville et sur les cours à travers les salles de classe. Considéré comme extérieur mais abrité, l’espace est non isolé, ce qui permet au voile de béton teinté extérieur de rester apparent sur ses deux faces. L’isolation acoustique, thermique ainsi que les réseaux se situent dans un second voile, en béton gris celui-là, qui matérialise la limite entre la classe et la circulation.

En pignon, un jeu de meurtrières anime la surface de béton.

Quant à la façade sur cour, les concepteurs ont choisit de la traiter avec une structure métallique pour pouvoir la vitrer complètement et développer une intériorité tout en transparence et en légèreté. Grâce à des ouvrants à la française, les locaux bénéficient d’une parfaite continuité intérieur-extérieur. La cour devient ainsi le prolongement physique de la salle de classe qui pourrait presque aux beaux jours se dérouler à l’extérieur. Tout est de plain-pied, à hauteur d’enfant, ludique et apaisé.

Dans ce cœur, c’est un bâtiment-paysage qui se dévoile, à travers la géométrie de ses facettes et des plis des toitures en bac acier ondulé, avec ses gradins, ses aires de jeu et ses jardins pédagogiques.

Un aménagement en gradins qui permet de gérer la pente naturelle du terrain anime la cour.

Pluralité de fonctions et jeu de matières

Au-delà des locaux du groupe scolaire à proprement parler, l’équipement rassemble également une bibliothèque, un restaurant, un centre médico-social et, pour finir, les locaux de l’inspection académique. Répartis par éléments fonctionnels, les locaux se répartissent dans des corps de bâti dont l’écriture architecturale caractéristique appose la silhouette archétypale de la maison en limite de terrain. Chacun bénéficie d’un accès privé. À l’intérieur, les espaces de la restauration et de la bibliothèque bénéficient de la belle hauteur sous plafond induite par la volumétrie. Revêtue de fibre de bois en sous-face, le confort acoustique y est particulièrement agréable.

« Il s’agit d’un bâtiment bipolaire », explique l’architecte Gaël Le Nouëne, l’un des fondateurs d’ateliers o-s. « Il y a cet anneau épais et minéral qui remplit ses fonctions défensives et de durabilité, où le béton est cohérent dans son rapport au sol et son aspect sablé couleur terre. À l’intérieur, une structure métallique a été privilégiée pour des raisons de réversibilité, d’évolutivité et de rationalité du plan. »

Le lieu d’attente des parents bénéficie de toute la hauteur du volume sous rampant. L’espace est ainsi protégé mais largement ouvert sur le parvis.

L’expression architecturale exprime en effet une certaine dualité entre massivité et porosité. En simple rez-de-chaussée, l’échelle reste à la mesure des enfants avec un côté ville traité en béton solide et résistant et un côté cour ouvert et paysager. Côté ville, le traitement de la toiture a fait l’objet d’un soin tout particulier. Étant autant visible que les élévations, compte tenu de la petite échelle de l’ensemble, les architectes ont choisi de réaliser la toiture en continuité des façades avec un béton sablé qui permet d’unifier les différents plans.

L’architecte Guillaume Giraud, de NAS architecture, explique : « Traités dans la même matérialité, les pans inclinés à 40 % de la toiture font fusionner les différents plans de façade dans une même volumétrie. Pour réaliser cette toiture en béton, les dalles ont été pré-fabriquées sur place et ensuite mises en œuvre sur plots. Compte tenu de la complexité de ce volume qui se déhanche en fonction du terrain, chaque dalle est unique comme un véritable élément de stéréotomie. »

Le projet fait une large place au béton. On le trouve teinté et sablé en façade et en toiture extérieure, brut pour les voiles intérieurs mais également les dalles. 

La distribution des classes est traitée de façon généreuse. Le voile de béton teinté extérieur a pu rester apparent sur ses deux faces puisque ce volume est considéré comme abrité mais non isolé.

Ces éléments offrent une surface béton à l’intérieur comme à l’extérieur sur les ouvrages très sollicités des circulations. Ceci garantit à la fois un aspect esthétique et une grande pérennité au bâtiment mais permet également de renforcer le confort d’été du bâtiment par les parois intérieures de béton qui participent à la forte inertie thermique. Ce bon confort intérieur doublé d’une bonne performance technique des ouvrages ont permis à l’équipement d’avoir des ambitions environnementales élevées et de dispenser les classes d’un système de climatisation. 

Un projet singulier 

Élaboré dans une relation duale de protection et d’ouverture à un nouveau paysage, le projet a su créer un lieu singulier propice à la concentration des élèves et à la transmission du savoir. En témoigne le directeur de l’établissement, M. Barral, pour qui le nouvel établissement est « une bulle dans laquelle les enfants voient du ciel et des arbres pour se concentrer sur leurs apprentissages ». 

La distribution des classes est traitée de façon généreuse. Le voile de béton teinté extérieur a pu rester apparent sur ses deux faces puisque ce volume est considéré comme abrité mais non isolé.

Pensée à travers l’épure de la simplicité, de la fonctionnalité et de la pérennité, cette architecture contemporaine a su dépasser son contexte pour se mettre au service de ses utilisateurs. 

Localiser la réalisation

 Reportage photo : © Cyrille Weiner

Fiche technique

  • Maître d’ouvrage: ville de Béziers
  • Maître d’œuvre: ateliers o-s architectes (mandataire), Zoé Dalloni, chef de projet ; NAS architecture (associés)
  • Paysagiste: atelier Gama
  • BET: Ingerop (TCE, OPC)
  • Acousticien: atelier Rouch
  • Entreprise (gros-œuvre et préfabrication): Fondeville
  • Surfaces : 3 800 m2 SDP, 4 500 m2 d’espaces extérieurs créés 
  • Coût : 9,8 M€ HT
  • Programme : groupe scolaire de 15 classes (9 primaire, 6 maternelle), lieu d’écoute, bibliothèque et restauration, centre médico-scolaire, bureau de l’inspection académique de Béziers.



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