Les habitats artificiels permettent de le faire, et offrent une gamme de modules très étendue.

Pour Julie Person, Chef de projet Environnement marin au Pôle Mer Méditerranée, « le pôle Mer Méditerranée favorise et soutient des projets où plusieurs formes de récifs sont testées pour observer le comportement de différentes catégories de biodiversité marine : les larves, les juvéniles, certaines espèces de poissons. En fonction du design, on favorise une biodiversité ou une autre ».

Le béton offre à cet égard une grande souplesse, comme le souligne Jean- Marc Beynet, consultant :

« Le béton, lourd et résistant à la houle, permet d’obtenir des formes coffrées optimisées en fonction de ce que les hydrobiologistes marins nous disent. »

Pour David de Monbrison, biologiste au sein de BRL ingénierie,

« les récifs peuvent être ajustés dans leur forme et leur organisation en fonction des objectifs, des espèces et des moyens.

Ce qui nous manque, c’est de passer d’une approche « projet local » à une vision stratégique de grande ampleur, qui planifie sur le long terme le développement de projets avec des formes et des structures qui changent au fur et à mesure que l’on s’éloigne des côtes en construisant un lien entre nurseries côtières et récifs de production gradués en allant vers le large ».

La première préoccupation est le choix du site. « Il doit y avoir une connectivité biologique avec d’autres territoires naturels ou artificialisés. Le lien avec des herbiers ou des zones rocheuses et des aménagements est très important pour l’implantation des juvéniles, par exemple. »

Eloge de la complexité 

La morphologie et l’organisation des récifs sont des leviers importants pour améliorer leur efficacité : design, volume, organisation spatiale des modules ou des groupes de modules. La complexité est importante. On peut l’obtenir de multiples manières, par exemple en créant des amas d’éléments de tailles diverses dits « chaotiques », ou en faisant éclater le béton, de manière à offrir une rugosité de l’ensemble, et une multitude de cavités et d’anfractuosités. Cette recherche de la complexité vaut aussi pour les ports et les mâts d’éoliennes off shore.

Pour les quais existants, des structures ajoutées, permanentes ou mobiles, peuvent apporter un gain de complexité. Pour les équipements neufs, il faut prévoir dès la conception la manière de créer la rugosité et la complexité attendue. Des études particulières peuvent être envisagées pour que les formes données aux ouvrages n’affectent pas leur résistance.

Importance de la colonne d'eau 

C’est toute la « colonne d’eau » qui est importante. Selon les étages, on trouve des juvéniles, des larves, des œufs, des plus gros poissons, etc. Les échanges entre les niveaux participent à la richesse biologique de l’ensemble. Cette gestion de la colonne d’eau n’est encore pas assez prise en considération. Par exemple pour les pylônes des éoliennes off shore. « On reste dans un système classique, d’un côté l’infrastructure, et de l’autre des récifs artificiels que l’on dispose autour.

On ne valorise pas la surface du pylône lui-même, qui pourrait être traitée, et la colonne d’eau qu’il y a autour. Son effet biologique pourrait être optimisé avec un travail intégré d’un ingénieur Génie Civil et d’un biologiste », précise David de Monbrison. Philippe Lenfant, professeur à l’université de Perpignan confirme ce point de vue : «Il va y avoir des allers-retours au sujet de la résistance de l’ouvrage.
Nous allons proposer des creux, des transparences qui vont fragiliser le système ; nous allons proposer des mesures de restauration complémentaires ». D’une manière générale, la recherche peut éclairer les concepteurs des ouvrages marins. « On exploite les connaissances accumulées depuis 20 ans dans les zones marines protégées, en termes de nurseries, d’écologie du poisson, etc. » Il souligne  en outre un point qui fait l’unanimité des acteurs : « Il faut accompagner les aménagements d’un plan de gestion.L’ouvrage peut devenir un outil de surexploitation du milieu, du fait de son attractivité. »

Les récifs artificiels sont de très bons instruments de dialogue entre tous les usagers de la mer. Ils créent une capacité de sensibilisation et d’ouverture, de changement des comportements y compris dans des zones où les conflits antérieurs étaient importants. Ils offrent des possibilités de compensation pour les pêcheurs, face à l’artificialisation du littoral, les projets de dragage ou l’implantation de nouveaux équipements comme les éoliennes off shore.

Des champs d'opportunités 

Il n’en demeure pas moins que les récifs artificiels ne peuvent résoudre à eux tout seuls la question de l’appauvrissement de la biodiversité marine, et de la chute des prises de pêche. Les aménagements intégrés représentent des champs d’opportunités importantes : aménagements portuaires, infraportuaires, éoliennes, érosion du trait de côte.

L’éco-conception de ces ouvrages, récente, connaît des développements intéressants, et dont l’envergure devrait largement dépasser celle des récifs artificiels. En France, plusieurs ports, comme Marseille Fos, Calais et Le Guilvinec, sont entrés dans cette logique, ainsi que la route littorale à la Réunion. Autant d’opportunités pour montrer les qualités écologiques du béton en mer.
 



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