A Mouans-Sartoux, la maison Moro : pureté des lignes et de la spatialité
Pour les 140 ans de Construction Moderne, reproduction de l'article original paru dans le Construction Moderne n°146, en 2015.
La maison Moro signée par Pierre Fauroux [1943 – 2023] offre à ses habitants de généreux espaces lumineux et un cadre de vie harmonieux intégré dans son environnement.
Mouans-Sartoux se situe dans la vallée grassoise entre Cannes et Grasse. Nous sommes ici dans les Alpes-Maritimes et la mer Méditerranée est à une petite douzaine de kilomètres. L’avenue de la Quiéra, qui donne accès à la zone industrielle de l’Argile, traverse un quartier d’habitat individuel diffus. Elle est bordée de clôtures dont la nature varie à chaque propriété, derrière lesquelles des jardins composent un paysage végétal méditerranéen, agrémenté par le chant des cigales. À travers les frondaisons, chaque villa se dresse sur sa parcelle. Toutes déclinent les signes contemporains d’un artificiel style « néo-vernaculaire provençal ».
Le mur devient la maison
Atypique dans ce mitage urbain, un long mur en béton brut soigné s’étire sur une trentaine de mètres et souligne les limites de la parcelle qu’il enclôt. Derrière, se devine la présence d’une maison qui se développe perpendiculairement sous une dalle de toiture horizon- tale. Comme un ruban, le mur en béton se retourne à angle droit, le long d’une voie privée, sur quelques mètres, puis repart dans sa mur identique et parallèle matérialise la séparation entre le terrain et le fond voisin. Tendue entre ces deux limites volontaires et affirmées, la maison Moro, dont on avait deviné la présence, se dresse sur la voie privée. Sa façade (nord-est) ne présente pas d’ouverture. Toute de béton brut, elle décline des lignes pures composées dans une géométrie orthogonale rigoureuse et dynamique. La continuité et l’enchaînement entre le mur de clôture et la maison se perçoivent dans toute leur évidence.
Le concept fondateur du projet est là, comme le souligne l’architecte Pierre Fauroux : « La maison, c’est le mur de clôture. Le mur de clôture en béton ceinture le terrain, il se prolonge et devient la maison. » La paroi en béton brut de la façade et le débord de la dalle de toiture protègent un cheminement extérieur en pente douce. Il relie le portail et le « car park » à la porte d’entrée de la maison située au bout de la perspective. La mise en scène de ce parcours d’accès est ponctuée par le retour du mur de clôture. Il marque un seuil, un passage qui, une fois franchi, révèle la présence d’un patio, au cœur duquel se dresse un olivier. Ce lieu présente une ambiance minérale toute méditerranéenne, accentuée par son sol en dalles de béton préfabriquées. Aux beaux jours, il sert de salon et d’espace de repas extérieur. Le patio donne sur la piscine, qui se prolonge le long du mur bordant l’avenue. Au droit de la piscine, la dalle de toiture se replie à 90° vers le sol, devient mur pignon et dessine une équerre de béton. Détachée du sol de ce côté, et posée sur deux très fins potelets métalliques qui reposent sur le mur sépara- tif mitoyen de l’autre, cette équerre enveloppe l’espace de la maison. Le volume qu’elle façonne longe la voie de desserte privée et dégage ainsi un vaste espace libre baigné par le soleil pour le jardin. Dans la zone non constructible sur l’avenue, l’architecte a placé la piscine longue de 25 m et large de 5 m.
Espace, vues et lumière
L’entrée de la maison s’ouvre directement sur le séjour, espace lumineux aux proportions généreuses. La sous-face de l’équerre en béton brut lui donne son caractère unique. Le plan vertical du pignon, décollé du sol, est porté par deux plots. La faille ainsi créée pro- jette le regard vers la surface du bassin de natation. La lumière, le bleu de l’eau, le pare- ment brut du béton, la géométrie du dessin, l’opacité et la transparence composent, ici, comme un tableau abstrait. À l’inverse, le reflet du soleil sur l’eau vient animer le plafond d’une bande lumineuse ondoyante et irisée qui se déplace au rythme de la course du soleil. Les parois latérales du séjour sont entièrement vitrées. L’une s’ouvre sur le patio et l’autre sur le jardin de belle dimension que l’on découvre après être rentré dans la maison. Les menuiseries des baies vitrées sont en acier inox brut. Les ouvrants sur pivot décentré permettent aux habitants d’ouvrir largement les espaces intérieurs sur l’extérieur.
Fluidité et continuité spatiale
Le salon se prolonge par la salle à manger. La séparation entre ces deux espaces ouverts l’un sur l’autre est marquée par le volume transversal de la cheminée, qui se prolonge vers l’extérieur pour accueillir un barbecue. Les pièces de vie privée viennent ensuite en enfilade. La première est aménagée en bureau, les deux suivantes sont les chambres des enfants. La chambre des parents termine la séquence à l’autre extrémité de la maison. Toutes ces pièces profitent de très belles vues sur le jardin. L’avancée en porte-à-faux de la dalle de toiture fait office de brise-soleil et protège toutes ces pièces ainsi que le séjour/ salle à manger du rayonnement solaire direct trop intense en été. Une « bande servante » est aménagée derrière le mur aveugle de la façade nord-est, le long duquel s’alignent cuisine, sanitaires, salles d’eau, rangements, plans de travail, salle de bains des parents.
« Toutes les chambres se développent sur l’épaisseur de la maison entre la façade sur jardin et celle donnant sur la voie privée », précise Pierre Fauroux. « L’originalité ici réside dans le fait que les chambres sont en deux parties et que le couloir les traverse, à l’exception de celle des parents. La circulation est aménagée entre la “ bande servante ” et l’espace spécifique de la chambre. » Chaque pièce est séparée de sa voisine par une cloison-meuble dessinée par l’architecte en fonction de l’usage. Par exemple, pour les chambres des enfants, cette cloison-meuble intègre le lit et les rangements. Dans la chambre des parents, elle devient un mur de placards. Les WC et douches sont aménagés dans des petits volumes fermés, placés en vis-à-vis des cloisons-meubles des chambres, dont ils sont séparés par le cou- loir. Ces volumes composent des alvéoles qui accueillent des fonctions en relation avec la pièce sur laquelle elles s’ouvrent. Dans une chambre d’enfant, on y trouve un coin travail, dans celle des parents, la salle de bains. Ce principe se prolonge en face de la salle à manger par le plan de travail de la cuisine avec tous ses équipements.
Chacun de ces lieux est éclairé par une chaude lumière zénithale qui glisse le long du mur en béton brut par des verrières aménagées en toiture. Des panneaux coulissants au niveau des alvéoles et la cloison de chambre donnant sur le couloir, qui se rabat, permettent d’ouvrir chaque pièce sur toute sa profondeur, mais aussi de créer différentes partitions. Dans sa chambre, un enfant peut choisir de s’isoler dans son coin travail éclairé zénithalement ou dans son espace de repos. À l’inverse la chambre peut s’ouvrir largement sur la circulation et établir une continuité spatiale avec le reste de la maison. Toutes les parois de partition fixes ou mobiles sont dessinées par l’architecte et réalisées en panneaux de fibres de bois à densité moyenne (dit Medium®) traités avec un vernis teinté rouge.
Béton : structure, architecture, spatialité
L’architecture et la spatialité de la maison sont fabriquées par le nombre restreint des éléments de structure en béton brut, coulés en place : mur, voiles, continuité de la toiture et du pignon pliés en équerre. La dalle de toiture est portée par le mur de la façade nord-est, et par cinq voiles verticaux rectangulaires de 1 x 0,375 m. Un sixième voile de même nature est caché dans le volume transversal de la cheminée. Au droit de chacun de ces voiles, une poutre noyée dans la dalle de toiture porte jusqu’au grand mur. Toutes les parois brutes reçoivent un traitement de protection incolore au silicone.
Le projet est entièrement réglé et calepiné sur une trame de 0,125 m. Cette trame correspond au pas des entre-axes d’entretoise des coffrages que l’architecte utilise dans tous les bâtiments où il met en œuvre du béton coulé en place. Pour la façade côté jardin, l’enveloppe est décollée des parties structurelles en béton, afin d’éviter tout pont thermique et tout effet de parois froides en intérieur. La maison est chauffée par le sol. L’appoint de chauffage ou le rafraîchissement se font par air pulsé. L’ensemble est alimenté par une pompe à chaleur air/eau réversible.
« La maison est très agréable à vivre. Nous profitons de la lumière naturelle, des vues, de la qualité des espaces conçus par Pierre Fauroux. Elle correspond totalement à ce que nous souhaitions », précise le propriétaire. La pureté des lignes et de l’écriture architecturale, soulignée par le béton brut, l’acier inoxydable et le verre inscrivent en toute harmonie et pertinence cette maison dans son environnement
Fiche technique
- Maître d’ouvrage : François Moro
- Maître d’œuvre : Pierre Fauroux, architecte ; collaboration Bruno Keller, François Moro
- BET structure : Roger Luccioni
- Surface : 173 m2 SHON
- Coût : 465 000 € HT
- Programme : espace séjour/salle à manger/cuisine, 1 chambre parents avec salle de bains et WC, 1 bureau, 2 chambres enfants, parking couvert 2 voitures, piscine
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Noisy-le-Sec
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Toulouse
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