JUIN 2026 -
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Groupe scolaire Saint-Exupéry : une école sans frontières

Dans une école en lien étroit avec le paysage, imaginée par les architectes d’Ateliers Mathieu Laporte (mandataire) et Fagart & Fontana (associé), la matérialité perçue de l’extérieur ne laisse rien supposer du squelette de béton intérieur.

Groupe scolaire Saint-Exupéry
Vue sur le pignon nord-est : bibliothèque et périscolaire en RDC, salles de classe de l’élémentaire en R+1.

« Une commune de l’autre côté de la rocade, peu d’immeubles collectifs, un réseau de parcs, beaucoup de nature… Nous avions cet imaginaire en tête lorsque nous avons conçu l’école primaire Saint-Exupéry, dit l’architecte David Fagart (Fagart & Fontana). Nous n’aurions évidemment pas fait le même projet dans le centre de Paris ou de Bordeaux ! » 

Situé à proximité du centre-ville, le groupe scolaire de 3 700 m2 est le premier bâtiment à sortir de terre dans la ZAC Cœur(s) de Gradignan, dont le plan, élaboré par l’agence uapS, prévoit 900 nouveaux logements encastrés dans une trame végétale. Malgré l’ampleur de cette opération de densification (30 ha), le maire Michel Labardin défend l’idée d’une forte dominante paysagère, « une croissance maîtrisée » sur « des terrains déjà imperméabilisés », avec « des toitures en pente et des hauteurs de quatre étages au maximum ». Il explique que « Gradignan, qui compte 120 m² d’espaces verts par habitant, a la croissance la plus faible de l’agglomération bordelaise ».

Vue d'ensemble
Vue d’ensemble montrant la cour de récréation de la maternelle, séparée de celle de l’élémentaire par un corps de bâtiment en rez-de-chaussée qui accueille les deux réfectoires.

Sans limite évidente

Deux grands principes, issus des particularités de la commune et de la ZAC, guident la conception d’Ateliers Mathieu Laporte et Fagart & Fontana : brouiller les limites parcellaires, voire les effacer, et faire corps avec le paysage. D’origine genevoise, Line Fontana (Fagart & Fontana) rappelle que « les écoles suisses ne sont pas clôturées ». Il en résulte une lecture continue de la ville, une possibilité de partage d’usages, d’interaction sociale entre les familles et les riverains. On pense, par exemple, à l’étonnant cube de verre et de béton brut posé au beau milieu d’un espace public de Leutschenbach, à côté de Zurich (arch. Christian Kerez, 2009).

Sur le versant sud-est de l’école Saint-Exupéry, la mise à distance du rez-de-chaussée avec l’allée d’accès à l’élémentaire est ainsi réalisée par une noue paysagère, qui recueille les eaux de pluie de la couverture en zinc dénuée de chéneau. Au nord-ouest du bâtiment, les deux cours de récréation sont séparées de la promenade piétonne publique par un bassin de rétention et un modeste grillage de 160 cm de hauteur qui sera rapidement absorbé par la végétation. Ni mur d’enceinte ni disposition bâtie qui viserait l’isolement : le plan en T de l’équipement ouvre largement ses flancs à l’environnement.

Toitures spatialisantes

Comme les temples japonais, le groupe scolaire Saint-Exupéry est un édifice esseulé qui tire sa monumentalité et son intériorité de ses larges débords de toiture. Particulièrement prononcés – jusqu’à 5 m de profondeur ! –, ces longs pans saillants assurent la transition entre le public et le privé, l’extérieur et l’intérieur. Ils cadrent les paysages et préservent les locaux de la surchauffe. « À l’exception des pignons, les façades vitrées ne reçoivent pas de rayons solaires directs », explique David Fagart. Revers de la médaille : le réfectoire et certains espaces pourront paraître assez sombres aux yeux de certains observateurs.

« La spatialité des toitures détermine celle des salles de classe », poursuit l’architecte. Au rez-de-chaussée, les salles attribuées à la maternelle – et distribuées par une solennelle galerie à l’éclairage zénithal – sont flanquées de plafonds en pente qui siéent à l’imaginaire des enfants en bas âge. Au premier étage, la majorité des salles de classe de l’élémentaire se déploient sous des plafonds qui suivent l’horizontalité du plancher de l’étage supérieur. Mais quatre d’entre elles, situées à l’endroit des pignons, bénéficient d’une spectaculaire double hauteur sous les rampants.

Pragmatisme structurel

La rigueur constructive du projet est rendue indispensable par la matérialité brute de l’architecture, sans second œuvre ou presque. Comme les toitures, la structure fabrique la spatialité. Des fondations au faîtage, elle se compose essentiellement de béton coulé en place – laissé brut de décoffrage après dépoussiérage –, qui, inapparent en façade, est marié avec du bois (raidisseurs de vitrage, menuiseries intérieures, etc.) pour réchauffer les ambiances intérieures.

Entièrement déployée en rez-de-chaussée, la section des maternelles est rythmée par des refends distants entre eux de 8 m. Des plans libres (poteaux-dalles) sont imaginés pour les programmes partagés (hall, réfectoire, etc.). Le contreventement est réalisé par les voiles des cages d’escalier. Dans les étages, où l’on trouve 12 classes d’élémentaire, ce sont encore des refends en béton qui portent la charpente faite de pannes en acier thermolaqué et de chevrons en bois lamellé-collé. Pragmatique, David Fagart assure n’avoir « aucune marotte sur le choix des matériaux de structure ». Juste un dessein : « Construire pour cinquante ans au moins ! »

Localiser la réalisation

Reportage photo : © Dimitri Djuric

Fiche technique

  • Maître d’ouvrage : Ville de Gradignan 
  • Maîtres d’œuvre : Ateliers Mathieu Laporte, architecte mandataire, Fagart & Fontana, architecte associé ; Lafourcade & Rouquette, architecte d’exécution
  • Paysagiste : Bassinet Turquin Paysage 
  • BET TCE : Cetab 
  • Gros œuvre : MAS BTP
  • Surface : 3700m2 SP, 2138 m2 SU
  • Coût : 10,5 M€ HT 
  • Programme : groupe scolaire élémentaire de 6 classes de maternelle, 12 classes d’élémentaire, 1 salle polyvalente.

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