Un écrin de béton pour le vin
Inspiré du patrimoine local, le nouveau chai de Caraguilhes en béton architectonique conçu par l’agence d’architecture Passelac Roques transcende sa simple vocation technique.
C’est en plein cœur des Corbières, dans le département de l’Aude, que se dresse depuis l’époque romaine le château de Caraguilhes. Son terroir, cultivé en agriculture biologique, compte 135 ha de vignoble entourés par 500 ha de garrigue. Pour leur projet de chai d’élevage de vins rouges et blancs, en fûts de chêne et dans des jarres en terre cuite, ses gérants ont fait appel à l’agence Passelac Roques Architectes, convaincus par ses références de projets viticoles et ses premières esquisses. Dans un souci d’optimisation des transferts de vin et de maîtrise passive de la température – entre 14 et 17 °C sauf exceptions –, le nouveau chai est implanté en face de la cave de vinification.
Une démarche paysagère et bioclimatique
Les architectes ont imaginé un espace sous la collinette du terrain à bâtir. La conception du chai s’inspire des tumulus funéraires en pierre du Minervois voisin et d’Andalousie, ainsi que des salles souterraines des châteaux cathares. Enterré donc, le chai est recouvert d’essences locales telles qu’arbousiers et cistes.
Le choix du béton s’est imposé pour apporter une inertie à la construction, assurer une tenue dans le temps, résister aux poussées des terres, mais aussi pour ses effets de matière particulièrement soignés. La sobre façade, façade extérieure, rappelant la teinte rose de la cave de vinification voisine, présente ainsi un béton poli sur place au moyen d’une ponceuse à disque, puis recouvert d’un bouche-pores mat transparent. À l’intérieur, les parois révèlent les traces de coffrages en lames de sapin de 15 cm de largeur, brutes de sciage, légèrement rabotées. Choisies en référence aux lames de chêne des fûts et pour « accrocher la lumière », selon les termes des architectes, elles ont été clouées sur des banches standards bakélisées manuportables de 2,5 m par 1 m. Outre la réalisation d’échantillons, une vingtaine de tests de coloration dans la masse par des oxydes ont été menés pour se rapprocher des teintes des roches de vigne (grès de Fontfroide) présentes en façade du château.
Le défi du bétonnage des rampants – des dalles pleines de 22 cm d’épaisseur, soutenues aux angles et sur les deux grands côtés par des poutres retroussées de 30 cm par 60 cm – a nécessité une recherche poussée sur la plasticité du béton. Destiné à un coulage progressif avec vibrage sur le coffrage inférieur incliné, il devait présenter un aspect consistant et pâteux afin d’éviter qu’il ne se répande. L’opération s’est faite par étapes, moyennant plusieurs rotations de toupies, en une journée complète, de 5 heures du matin à minuit, à l’aide d’un élévateur manuscopique.
Dépasser les contraintes hygrométriques
Le second défi résidait dans le maintien d’une hygrométrie constante d’environ 80 %, celle-ci pouvant atteindre 100 % en raison de l’influence maritime. Un excès d’humidité peut en effet être à l’origine de moisissures nocives pour les vins. Une ventilation naturelle et le désenfumage sont assurés par les fenêtres de toiture à commande mécanique. Le chai est aussi équipé d’une petite centrale de traitement d’air en renfort. L’inertie est complétée par un radier de 20 à 30 cm d’épaisseur, posé sur hérisson de 40 à 50 cm, tandis que l’ouvrage en béton est entièrement étanché, avec un drain périphérique.
Éclairée de lumière naturelle par une fente zénithale complétée par quatre mâts d’éclairage indirect, la majestueuse salle d’élevage se prête également à la valorisation du vin, les clients pouvant y goûter les vins durant l’élevage. L’attention accordée aux portes en mélèze renforce la dimension quasi « sacrée » du lieu. Enfin, les architectes pointent le choix « du béton qui limite l’empreinte d’une construction promise à une longue durée de vie », défendant ici une architecture silencieuse et profondément passive.
Localiser la réalisation
Reportage photo : © Kévin Dolmaire
Fiche technique
- Maître d’ouvrage : Château de Caraguilhes
- Maîtrise d’œuvre : Passelac Roques Architectes
- BET Structure : EGC
- Entreprise gros œuvre : Lézi Construction
- Surface : 250 m²
- Coût travaux : 540 000 € HT
- Programme : Chai d’élevage
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Chantiers Bas Carbone
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