« L’enfance du pli », Meyrin, 2017.

Gilles Brusset est architecte, paysagiste et artiste. Il réalise des œuvres dans des espaces publics, des parcs et des jardins, au sein d’espaces autour de logements collectifs ou encore dans des paysages cultivés.

« L’enfance du pli »

A Meyrin, près de Genève, en Suisse, il choisit pour la première fois le matériau béton afin de modeler un sol stable et créer une sculpture-paysage de 2000 m2. Pour ce projet intitulé « l’enfance du pli », le béton caverneux, constitué de graviers et recouvert d’une couche d’enrobé bitumineux, est « comme l’infrastructure qui permet de fabriquer la topographie. »

Les lignes minérales et végétales s’interpénètrent dans la masse du terrain en créant des ondulations qui rappellent le massif plissé du Jura, ces montagnes aux pentes douces et allongées situées au-delà du site, à quelques kilomètres.

La figure de la vague, sans arrêtes nettes ni angles droits, contraste avec l’orthogonalité des bâtiments des cités « modernes » des années 60 qui l’entourent.

Les courbes brouillent les pistes. Est-ce un parc ou une aire de jeux ? Comment se fait l’entrée dans ce paysage ? Y a-t-il des grilles ? Non. Le principe d’intériorité incite les enfants à comprendre la délimitation de l’espace et ils s’approprient volontiers les plis pour se cacher.

Ce nouveau lieu est une invitation à voyager à une autre échelle, dans le paysage de la vallée de Genève, mais aussi dans le temps en faisant référence à l’oscillation des montagnes formées il y a 35 millions d’années.

« Etoile de terre »

La sculpture qui accompagne l’ambassade de France en Haïti est aussi inscrite dans le sol. C’est une figure autonome et concentrique se référant aux formes caribéennes, inspirée du monde végétal et animal.

C’est une « Étoile de terre » fabriquée avec des techniques rudimentaires. Un béton « freestyle »pour une empreinte de 25 m de long qui semble émerger doucement. Telle la coupe d’un fruit ovoïde, elle est composée d’une bordure circulaire qui s’étire en excroissances ou se dissémine en petites masses isolées, comme autant de pépins convergeant vers le centre. Ces derniers, qu’on appelle sur le chantier les « bébés », ont été fait avec des moules de bois et tôle. Le béton gris enduit de blanc est une technique couramment utilisée pour délimiter les emprises végétales dans les parcs haïtiens. « Le béton permet des formes d’une souplesse invraisemblable », nous raconte volontiers Gilles Brusset. « Depuis l’utilisation que Le Corbusier a su en faire à Ronchamp, après La Grande Borne, les skate-parks et autres aires de jeux, les sculptures de Land Art de Michael Heizer, il existe de beaux exemples de figures telluriques travaillées dans la masse. » En Haïti, les formes sont arrondies à la truelle, certains moules sont en béton et le chantier est « un moment à part avec des modifications à chaque étape et des maçons ravis de faire quelque chose de beau, une œuvre magique. »

« Etoile de terre », Haïti, Port-au-Prince, 2018.

« L’archipel lutétien »

Invité à concourir pour la conception d’un espace à l’extrémité du quartier des Terasses de Nanterre où la vue est donnée sur les coteaux de la Seine, le béton lui permet d’exprimer le caractère sédimentaire du sol de la région. Une référence géologique et plastique.

Pour Gilles Brusset, il semble à nouveau important de rappeler l’histoire géographique du lieu, par contraste encore avec le contexte : un urbanisme déterminé par les infrastructures de transport, déconnecté de son territoire. En posant des blocs composés de fines couches de différents bétons teintés dans la masse, on voit apparaître ce qu’il appelle « L’archipel lutétien ». Ce sont quarante-cinq îles en forme de losange plus ou moins étiré, disposées à des niveaux variables mais dont les strates de même teinte se retrouvent alignées et reconstituent les horizons. On est invité à s’y reposer.

« L’archipel lutétien », Nanterre, concours 2018

En tant qu’architecte paysagiste, Gilles Brusset cherche à faire se rencontrer les lignes construites avec celles de la nature, en fabricant des contrastes à même de nous surprendre. Il nous montre qu’il y a un dialogue possible et apprécié pour le jeu et la rêverie. Et l’on comprend que ces matières complémentaires peuvent se retrouver subtilement de mille et une manières.

 



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