une architecture graphique, symbolique et atemporelle en résonance avec le devoir de mémoire.

Le Mémorial national du Canada à Vimy fait partie des sites majeurs de la Première Guerre mondiale, notamment pour les Canadiens. En effet, la bataille de la crête de Vimy est considérée par la nation canadienne comme étant l’un de ses éléments fondateurs et fédérateurs, lui permettant d’accéder au statut de nation autonome, nation qui a tout de même perdu plus de 66 000 hommes durant cette guerre. Pour remercier le Canada de son implication dans cette guerre de tranchées, la France lui a fait le don de 107 hectares sur le site de la bataille afin d’y construire un mémorial. Ce site est aujourd’hui le plus important monument de guerre du pays.

Ce contexte explique la particularité du lieu et l’aménagement qui en a été fait. Le souci de mémoire se traduit, pour les Canadiens, par une préservation de la topographie du champ de bataille, ses circonvolutions, ses tranchées et galeries, et par la conservation de tout mètre cube de terre creusé et déplacé. Le site, aujourd’hui très boisé, est marqué par une forêt de troncs et par sa pelouse qui ondule quasi à perte de vue. Toujours dans un souci de mémoire et surtout de transmission à sa jeunesse, l’état canadien souhaitait intégrer sur le site du Mémorial national du Canada un centre d’accueil et d’éducation, inauguré lors des célébrations du centenaire de la bataille du 9 avril 1917.

Le mémorial, installé sur la crête, et le volume du centre d’accueil s’alignent pour former l’axe de mémoire.Le mémorial, installé sur la crête, et le volume du centre d’accueil s’alignent pour former l’axe de mémoire.

Une architecture en résonance

Afin de préserver au maximum le terrain, le bâtiment a été implanté dans une clairière dont la surface était très peu accidentée, située à la lisière de la forêt menant au monument dédié à la bataille et installé sur la crête du site, lieu emblématique de la bataille. Avec le mémorial, le centre d’accueil forme un alignement et crée un premier axe fondateur du projet, « l’axe de mémoire », le long duquel il est déployé. Un second axe, nommé « axe de l’histoire » et matérialisé par une grande lame en acier corten, semble traverser le volume longitudinal et très épuré du centre pour y creuser une faille, celle de l’entrée, vers le savoir et la connaissance.

Vu depuis la clairière et la route d’accès, le bâtiment se présente comme un volume opaque dont les trois faces visibles sont enveloppées d’une peau de béton blanc, en écho à la pierre utilisée pour réaliser le monument ancré sur la crête. Seule l’entrée marque une rupture dans cette boîte constituée sur trois côtés de grands panneaux monolithiques au relief subtil, imprimant au volume une poésie en symbiose avec le lieu. L’inclinaison des joints verticaux entre panneaux mime celle des troncs d’arbres, un jeu graphique renforcé par l’ajout d’inserts dans les panneaux. Ces façades en relief créent une identité forte, faisant apparaître le bâtiment comme un écrin abritant un contenu précieux, et cela sans aucune ostentation. Au contraire. En effet, ces reliefs dialoguent avec les arbres plantés pour rendre hommage aux soldats disparus. Les façades ne se lisent plus comme une peau épaisse mais bien comme une matière vivante et légère dont l’aspect change en fonction du temps et des saisons.

Le second axe, axe de l’histoire, est symbolisé par une lame en acier corten qui guide le visiteur vers l’entrée.
Plan

Un concept limpide et porteur

Côté forêt, le rapport plein/vide s’inverse. La quatrième façade entièrement vitrée joue la transparence, une transparence variable en fonction de l’intensité de la lumière. Là encore, les troncs peuvent y apparaître, mais cette fois, par effet miroir.

L’organisation intérieure du centre est extrêmement simple. Après avoir pénétré par l’entrée/faille, le visiteur se trouve immergé dans une très belle salle d’exposition occupant la majorité du bâtiment. Il est à la fois enveloppé par le volume généreux de la salle, la douceur de l’ambiance qui y règne, et happé, voire fasciné, par cette immense fenêtre offrant un cadrage impressionnant sur la forêt et les circonvolutions du sol. Le visiteur y vit une double immersion, celle d’une plongée dans l’histoire et dans le paysage qui a vu ces événements se dérouler – une habile façon de décupler le travail de mémoire et les sensations offertes au visiteur qui peut se projeter d’autant plus facilement dans les faits relatés. Même si le béton n’est pas le seul matériau utilisé ici, il demeure l’élément marquant du projet et en signe l’identité, à savoir les trois façades opaques et en relief composées de murs à coffrage intégré dont la paroi extérieure est en béton blanc.

Plan de rez-de-chaussée 1. Accueil 2. Salle d’exposition 3. Médiathèque 4. Régie 5. circulation 6. Salle polyvalente
Le centre d’accueil a trouvé sa place sur la surface la moins accidentée du terrain.

Une peau de mémoire

Le système de façade a été choisi parce qu’il correspondait au mieux aux contraintes techniques qu’impliquait la modénature souhaitée par l’architecte. Ainsi, pour obtenir une représentation stylisée de la forêt de troncs, les joints verticaux entre panneaux devaient être inclinés, mais également avoir une position sans symétrie apparente pour éviter l’effet d’un motif répétitif et ainsi insuffler la dimension aléatoire du paysage naturel au dessin des façades. Les panneaux toute hauteur n’ont de ce fait pas tous la même largeur, ni la même forme. Dans chacun des moules ont été intégrés plusieurs inserts, de trois types différents, symbolisant plusieurs modèles de tronc. Pour affiner encore un peu plus le dessin, rendre les effets d’ombre plus intéressants et élargir le jeu des inclinaisons, les inserts n’ont pas la même profondeur en haut et en bas du panneau.

Façade ouest, le volume de béton se creuse face à la forêt.
Une architecture du détail aboutissant à un volume épuré aux lignes nettes.

Une réussite collaborative

Le résultat final est parfaitement conforme au dessin initial, bien sûr grâce à la modélisation des panneaux et aux échantillonnages de béton blanc, mais surtout grâce au travail d’équipe et à l’implication de chaque intervenant, du concepteur au préfabricateur en passant par l’entreprise de gros œuvre, ici l’entreprise générale, particulièrement fière de cette réalisation.

Ce qui fait également la réussite de l’ouvrage relève du souci du détail, notamment pour obtenir une paroi béton sans couvertine apparente, solution qui aurait nui à la « pureté » du dessin et à l’unité de la matière. Tout aussi révélatrice du niveau d’engagement des personnes impliquées dans la construction de cet ouvrage, est la réalisation du bandeau en béton venant couronner la façade vitrée dont la structure en bois, qui le porte, assure la continuité avec la charpente apparente de la salle d’exposition.

L’entreprise de préfabrication béton et le charpentier bois ont travaillé de concert pour déterminer la solution la plus efficace d’un point de vue technique et esthétique. Et le résultat est là.

Une modénature de façade en symbiose avec les troncs des arbres avoisinants.

Une intelligence du détail

Le bâtiment bénéficie d’une isolation généreuse, constituée d’un manteau isolant continu se déroulant du sol au plafond et s’ajoutant aux 35 cm d’épaisseur de béton des murs extérieurs. Côté traitement de l’air, climatisation et chauffage, le bâtiment est équipé d’une VMC à double flux réversible reliée à une pompe à chaleur installée en toiture. Le dispositif n’a rien d’exceptionnel en soi. Cependant, l’architecte s’est servi de la configuration du terrain pour rendre le système le plus performant et le plus confortable possible.

Le bon sol se trouvant à 2 m de profondeur, la réalisation des fondations a laissé un vide sous le bâtiment, utilisé pour y installer l’ensemble des gaines et des réseaux, et notamment deux gaines maçonnées de belles dimensions permettant de combiner grands volumes et vitesse réduite afin d’assurer un renouvellement d’air efficace mais un flux imperceptible.

Ce bâtiment, aussi magistral que modeste, rend hommage au courage souvent anonyme des soldats tombés sur le champ de bataille.

La salle d’exposition communie avec la forêt et le champ de bataille.

Reportage photos : Kamel KHALFI

Maître d’ouvrage : TPSGC (Travaux publics et Services gouvernementaux Canada) – Maître d’œuvre : John Lampros/JLA avec RMA Architectes Ottawa – Scénographe : Bisson Castonguay – Entreprise générale : Léon Grosse (Amiens) – Préfabricant : Jousselin – Surface : 635 m2 SDP – Coût : 3,5 M€ HT (dont 500 k€ pour les aménagements scéniques) – Programme : espace d’exposition de 450 m2, une salle polyvalente et des locaux annexes.



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