L'Analyse de Cycle de Vie (ACV) est une donnée normalisée. Elle quantifie les impacts sur l’environnement d’un matériau durant toute son existence, depuis l’extraction des matières premières nécessaires à sa fabrication, jusqu’à sa fin de vie. La filière ciments et béton a très tôt effectué ce travail, qui est le seul à permettre de juger honnêtement des impacts environnementaux d’un matériau.
Le béton, un matériau bien placé, vis-à-vis de l'environnement
et de la santé humaine.
C'est ce que démontre l'Analyse de Cycle de Vie du matériau
béton.
Le béton possède en effet une qualité essentielle : sa
stabilité chimique. Il ne dégage aucun gaz ou composé
toxique, y compris en cas d'incendie. Sur le plan énergétique, son
mode de fabrication se traduit par une consommation limitée,
largement contrebalancée par les gains qu'il permet d'obtenir sur
la vie du bâtiment.
La 1ère dimension du développement durable peut être
abordée par l'analyse du cycle de vie. Il s'agit
de calculer l'impact environnemental d'une « entité
fonctionnelle » c'est-à-dire tout simplement une maison, ou
une route, sur l'environnement depuis sa conception jusqu'à sa
disparition complète (si elle est envisagée). L'analyse prend en
compte toutes les matières premières utilisées, l'énergie (sous
forme thermique, électrique ou de transport), ainsi que les
émissions gazeuses et aqueuses.
Ces impacts regroupent un ensemble de données, et peuvent être
différemment exprimés selon les objectifs recherchés et les
méthodes utilisées. La discipline n'est pas encore stabilisée, les
méthodologies ne sont pas fixées et restent trop nombreuses pour
assurer une véritable gestion en connaissance de cause. La norme
internationale, l'ISO 14040 reste encore floue.
La norme française P01-010 maintenant
homologuée exprime l'analyse de cycle de vie en 20 impacts
environnementaux, regroupant un ensemble de 400 données de
base mesurées ou calculées.
Pour chaque dimension, un commentaire est fait pour le béton,
plutôt en tendance qu'en affirmation, car les données doivent être
recalculées pour chaque utilisation :
- Consommation d'énergie renouvelable :
l'industrie cimentière française utilise 10% de l'énergie thermique
sous forme de biomasse pour produire du ciment, et met en place des
éoliennes là où cela présente un intérêt. Il faut tout de même
préciser que l'énergie électrique consommée par l'industrie
constitue la demande « de base », régulière et sans
« pointe ». La demande électrique régulière ne correspond
pas à l'offre aléatoire d'une éolienne. En général,
l'investissement d'une éolienne doit être complété de
l'investissement d'une centrale thermique de puissance
correspondante.
- Consommation d'énergie non renouvelable :
l'industrie cimentière représente une part importante de l'énergie
non renouvelable consommée dans le béton, c'est pourquoi elle
s'efforce d'économiser l'énergie fossile en lui substituant
des déchets combustibles : de l'ordre du quart de
l'énergie provient de cette filière, économisant ainsi
l'importation d'environ 500 000tep/an. Par comparaison avec la
brique ou l'acier, le béton est assez économe car seule la partie
liante est cuite.
- Consommation de ressources non
énergétiques : le béton est un consommateur de
granulats : cette ressource est abondante, et rien n'en
prévoit la disparition. Il est cependant évident que les granulats
pourraient être recyclés si la construction le prévoyait, à l'image
des automobiles actuelles « recyclables par
conception ». Un autre moyen de limiter la consommation de
ressources est l'usage de bétons haute performance, qui assurent la
même fonctionnalité en utilisant moins de matériaux. La France est
pionnière dans le domaine des bétons haute performance, et la
technologie française s'exporte bien. Il faut ajouter que les
bétons haute performance ont en général une durabilité supérieure
aux bétons courants.
- Consommation d'eau : le béton utilise de
l'eau pour la partie liante, intégrée dans la structure des
hydrates. Par contre, le béton permet de canaliser et contenir
l'eau pour en assurer un meilleur usage. Par cet exemple, on voit
la complexité de l'analyse de cycle de vie d'une fonctionnalité
comme un réseau d'eau potable ou usée. Seule la prise en compte
complète des éléments de construction, d'usage permet de
caractériser l'impact environnemental. Un point clef: plus la
durabilité de l'ouvrage est importante plus l'impact
environnemental global diminue.
- Déchets valorisés : seule la construction
routière permet aujourd'hui un recyclage satisfaisant des déchets
produits par le chantier, y compris le recyclage des enrobés
bitumineux. Pour le ciment, quelques sous-produits d'autres
industries sont valorisés : le laitier, les cendres volantes,
mais aussi une partie des boues d'aluminerie, des sables de
fonderies. Ces produits peuvent faire l'objet d'un contrôle de
qualité satisfaisant pour l'usage en construction.
- Déchets éliminés : la production de béton
génère une quantité marginale de déchets. Par contre les déchets
inertes liés à la démolition de constructions ne sont pas encore
suffisamment recyclés bien qu'utilisables en remplissage.
- Changement climatique : l'impact sur le
changement climatique illustre parfaitement la simplification
à outrance des problématiques environnementales. La température
moyenne de la terre augmente de 0,6°C/an, ce que l'histoire n'a
jamais observé, entraînant des phénomènes météorologiques locaux
exceptionnels. La courbe de montée de température suit celle de la
population humaine de façon impressionnante. Le gâchis énergétique
des pays développés peut être mis en cause[1] : les
champions sont les USA avec 20,02tCO2 par habitant, puis
l'Australasie avec 12,2 tCO2/h le Japon avec 9,14 tCO2/h, l'Europe
de l'Ouest avec 8,28tCO2/h. L'Amérique Latine représente 2,79
tCO2/h, l'Afrique 1,39 tCO2/h. Ces données montrent l'importance de
l'efficacité énergétique des pays. La France émet 6,2 tCO2/h, grâce
à la production nucléaire d'électricité (0,44 tCO2/h contre
3,67 en Allemagne et 7,94 aux USA). Les différences montrent bien
les progrès réalisables par diffusion de techniques connues. La
Communauté Européenne a signé un engagement de réduction des
émissions annuelles de gaz à effet de serre de 6,5% entre 1990 et
2010. Cet engagement a entraîné une directive d'allocation et
d'échanges de quotas, avec création d'une bourse d'échange pour
optimiser économiquement la réduction des émissions industrielles
et énergétiques. Cette méthode ne prend en compte qu'une partie du
problème en ne traitant que la partie « production » de
l'analyse de cycle de vie, et non l'ensemble. Un exemple
caricatural vient du verre : pour faire un triple vitrage,
très performant, il faut 3 fois plus d'énergie, donc 3 fois plus de
CO2 émis à la production. Faut-il revenir pour autant à des simples
vitrages minces et donc consommer beaucoup plus pour maintenir une
température acceptable dans les logements ? La réponse est
évidente. Le problème est le même avec le bâtiment, où les murs
massiques apportent de l'inertie thermique, source de confort, mais
aussi d'économies de chauffage et de climatisation. L'analyse de
cycle de vie deviendra inévitablement un outil d'aide à la décision
pour éviter les contre-sens.
- Acidification atmosphérique : le béton
n'a pas d'impact sur ce critère, sauf de façon très indirecte et
marginale. Le béton étant plutôt basique corrige l'eau légèrement
acide dans les premiers temps d'usage, puis n'a rapidement plus
aucun effet.
- Pollution de l'air : la pollution de
l'air provient des émissions des cimenteries, installations IPPC
contrôlées et suivies, et des poussières émises lors de la
production des granulats et des bétons. Cette pollution reste
minérale, et faible.
- Pollution de l'eau : le béton n'a pas
d'impact négatif sur l'eau, utilisé pour son stockage et son
transport, il contribue même à en préserver la qualité.
- Pollution des sols : le béton est souvent
utilisé pour protéger les sols de la pollution, par exemple en
parois moulées. L'impact sur les sols est souvent positif selon
l'usage.
- Destruction de la couche d'ozone
stratosphérique : la destruction de la couche d'ozone
provient essentiellement des chlorofluorocarbures (CFC), interdits
maintenant mais toujours utilisés. Ce gaz n'est pas produit en
construction. Par contre, la couche d'ozone est sensible aux
variations climatiques, et il est possible de voir des évolutions
fortes pour cette raison, non prise en compte actuellement dans
cette dimension.
- Formation d'ozone photochimique : sans
objet pour les bétons
- Atteinte à la biodiversité : sans objet
pour les bétons qui n'ont pas d'impact sur la biodiversité, car ils
ne modifient pas le milieu ambiant.
- Contribution à la qualité sanitaire des espaces
intérieurs : le béton n'a pas d'impact sur l'air. Il
faut par contre se rappeler que les produits organiques (tels que
colles et peintures) peuvent avoir un impact non négligeable.
- Contribution à la qualité sanitaire de
l'eau : les tests de lixiviation montrent que l'eau
potable est souvent en contact avec du béton, sans impact
sanitaire. Dans certains cas, c'est à l'inverse, le passage de
l'eau qui peut entraîner une précipitation (marginale mais non
nulle) de métaux lourds dans la porosité du béton par effet de
pH.
- Confort hygrométrique : les dimensions de
confort restent des facteurs qualitatifs. Le béton est un excellent
isolant hydrique, souvent utilisé pour cette fonction en
fondation.
- Confort acoustique : le béton est utilisé
en murs acoustiques le long des autoroutes, car il absorbe les
aigus. Il faut là encore prendre en considération la conception et
en particulier la surface pour éviter des phénomènes d'écho. En
construction, il faut éviter les murs d'un seul tenant pour éviter
la transmission de certains sons. Ces rupteurs acoustiques sont
classiquement utilisés.
- Confort visuel : le béton est une surface
trop connue ! mais les évolutions des qualités de parement
sont la preuve d'un confort visuel retrouvé.
- Confort olfactif : sans objet : le
béton n'a pas d'odeur une fois durci.
(Cf. ADEME : changement climatique, données 2002)
L'ensembe de ces informations figurent sur des
Fiches de Déclaration Environnementales et Sanitaires
(FDES).
L'analyse du cycle de vie (ACV) se base sur la
notion de développement durable en
fournissant un moyen efficace et systématique pour évaluer les
impacts environnementaux d'un produit, d'un service ou d'un
procédé.
Le but fondamental, suivant la logique de pensée cycle de vie,
est de réduire la pression d'un produit sur les ressources et l'environnement tout au long de son cycle
de vie, de l'extraction des matières premières jusqu'à son
traitement en fin de vie (mise en décharge, incinération,
recyclage, etc), cycle souvent qualifié de berceau au
tombeau (« cradle to grave » en anglais). Un effet
secondaire est qu'en limitant les besoins en ressources et en énergie, la chaîne de valeur du produit peut
s'en trouver améliorée.
Cette méthode, apparue dans les années 70, commence à entrer
dans les méthodes couramment utilisées en gestion de
l'environnement, notamment depuis sa normalisation avec la série
des normes ISO 14040 (dans la série des normes ISO 14000
concernant la gestion de l'environnement).
L'analyse du cycle de vie est à la fois :
- une procédure, c'est-à-dire une suite d'étapes
standardisées ;
- un modèle de transformations mathématiques permettant de
transformer des flux en impacts environnementaux potentiels.
Malgré le nom de cette méthode, il est important de comprendre
que l'analyse du cycle de vie s'occupe d'étudier la fonction du
produit. En effet, en n'étudiant que le produit en lui-même, il
deviendrait difficile de comparer des produits remplissant la même
fonction mais de manière différente comme la voiture et le
transport en commun dont la fonction commune est de déplacer des
personnes.